lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | RACLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 mai et 12 juin 2024, M. B A, représenté par Me Racle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard de sa situation personnelle, dès lors qu'il justifie du caractère réel et sérieux du suivi d'une formation professionnelle et d'une intégration à la société française ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir, dès lors que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public, en rapport avec la menace terroriste ;
- elle porte atteinte à son droit à la vie privée, dès lors qu'il justifie d'une intégration à la société française et d'attaches personnelles sur ce territoire ;
- elle porte atteinte à son droit à l'éducation, tel que garanti par les dispositions de l'article L. 111-1 du code de l'éducation.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 juin 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'éducation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thérain, président-rapporteur,
- et les observations de Me Ponchon, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 22 mars 2005, déclare être entré irrégulièrement en France le 2 septembre 2022. Il a présenté, le 17 octobre 2023, une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 avril 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " à titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".
3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.
4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de l'Aisne à l'âge de dix-sept ans, l'intéressé s'est tout d'abord inscrit en classe de première professionnelle " métiers de l'électricité et de ses environnements connectés ", avant de se réorienter dans une autre formation en vue d'obtenir certificat d'aptitude professionnelle " production et service de restauration ". En outre, les résultats obtenus par M. A ne sont souvent pas évaluables à raison de ses difficultés de maitrise de la langue française, de sorte que l'intéressé ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation. Par ailleurs, M. A ne démontre pas être dépourvu de liens avec ses parents et ses frères et sœurs, qui résident en Tunisie. Dans ces conditions, et alors même que l'avis de la structure au sein de laquelle il était accueilli est favorable, cet avis relevant au demeurant également sa maitrise imparfaite de la langue française, l'autorité préfectorale n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée n'est pas entachée d'une telle erreur dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. D'une part, M. A, célibataire et sans enfant, n'établit pas détenir des attaches personnelles et familiales particulières sur le territoire français, alors qu'il n'en est pas dépourvu en Tunisie, où résident ses parents, ses frères et ses sœurs. En outre, il ne démontre pas d'obstacles à retourner dans son pays d'origine où il a résidé jusqu'à ses 17ans, pour poursuivre ses études ou une carrière professionnelle. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 19 juin 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le président-rapporteur,
signé
S. Thérain
L'assesseur le plus ancien,
signé
A. Rondepierre
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2401766
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