lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401779 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mai 2024, Mme B C, représentée par
Me Chartrelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2024 par lequel le préfet de la Somme a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ne lui a pas été joint ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle souffre d'un diabète de type 2 insulino-traité pour lequel elle ne peut pas bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine ;
- il méconnaît l'article L.425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York, dès lors que son fils A, âgé de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, est atteint de troubles autistiques pour lesquels il ne peut pas bénéficier d'un traitement adapté dans son pays d'origine ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle séjourne en France depuis le 26 mars 2019 et qu'elle est en concubinage avec un compatriote depuis mars 2017 avec lequel elle a deux enfants, dont l'un souffre d'autisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Le Gars, conseiller.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante nigériane née le 8 août 1996, est entrée sur le territoire français le 26 mars 2019, selon ses déclarations. Elle a présenté, le 25 juin 2020, une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du 31 janvier 2022 de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision du 29 juin 2022 de la cour nationale du droit d'asile. Mme C a sollicité, le 23 mai 2023, la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 mars 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Somme a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays de destination.
2. En premier lieu, aucune obligation légale ou règlementaire n'impose que l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration soit joint à un arrêté rejetant une demande d'admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, la requérante ne saurait utilement se prévaloir du moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'un vice de procédure en l'absence de transmission de cet avis. En tout état de cause, le préfet de la Somme a versé au dossier les avis du collège de l'office français de l'immigration et de l'intégration des 25 janvier 2024 et 27 novembre 2023 concernant respectivement Mme C et son fils A. Par suite, le moyen tiré de leur défaut de transmission doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
4. Pour refuser de délivrer à Mme C un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet de la Somme s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 25 janvier 2024, qui a estimé que si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé, elle peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Si l'intéressée soutient que cette dernière circonstance serait erronée, elle ne se prévaut que d'un certificat du 22 mars 2024 d'un neurochirurgien attestant la suivre pour un problème clinique nécessitant une prise en charge régulière au centre hospitalier universitaire d'Amiens, qui, à sa connaissance ne peut pas être réalisée au Nigéria, et d'une attestation de son médecin généraliste traitant du
25 mars 2024 indiquant que son état de santé requiert des soins dont le suivi est difficile dans son pays d'origine. Ces éléments ne sont cependant pas de nature à remettre en cause l'avis rendu par le collège des médecins de l'office français de l'immigration et l'intégration et Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article
L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le fils de Mme C, A D, âgé de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué, est atteint de troubles autistiques, dont le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, par un avis rendu le
27 novembre 2023, qu'ils nécessitent une prise en charge médicale dont le défaut n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'il peut voyager sans risque au Nigéria. En se bornant à se prévaloir de deux certificats médicaux établis le
20 novembre 2022 et le 11 mai 2023, diagnostiquant à son fils un autisme d'intensité moyenne à sévère, la requérante ne fait pas état d'éléments de nature à contredire l'avis de l'office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. A supposer même qu'elle établisse être entrée en France le 26 mars 2019,
Mme C ne justifie pas d'une ancienneté particulière de présence sur le territoire français, où elle n'exerce pas d'activité professionnelle déclarée. Si Mme C se prévaut de la présence sur le territoire français de son compagnon, également de nationalité nigériane, et de leurs deux enfants mineurs, son compagnon y réside également en situation irrégulière, de sorte que l'ensemble de la cellule familiale de l'intéressée a vocation à se reconstituer au Nigéria. Dans ces conditions, le préfet de la Somme n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée en prenant l'arrêté attaqué et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1er de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
10. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il ressort des pièces du dossier que le défaut de prise en charge médicale de l'autisme dont est atteint l'enfant de Mme C, A Osamunidamen, n'est pas susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en prenant l'arrêté attaqué, le préfet de la Somme aurait fait une inexacte application des stipulations citées au point précédent.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mars 2024. En conséquence, ses conclusions à fins d'injonction doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Somme.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- M. Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Le Gars
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026