mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401798 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2024, Mme B D représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités portugaises ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que les autorités portugaises ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Le 14 mai 2024, le préfet du Nord, a produit les pièces du dossier de Mme D.
Par une décision du 29 mai 2024 Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,
- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, représentant Mme D qui s'en rapporte à l'instruction écrite.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D, ressortissante angolaise née le 12 décembre 1996, s'est présentée à la préfecture de l'Oise le 29 novembre 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 23 janvier 2024 les autorités portugaises ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12 paragraphe 4 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités portugaises ont donné leur accord à la prise en charge de Mme D le 15 mars 2024. Par un arrêté du 29 avril 2024, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités portugaises.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le 5 avril au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme C A, adjointe au chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités supérieures dont il n'est ni établi ni allégué qu'elles n'étaient pas empêchées. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que Mme D a demandé l'asile en France le 29 novembre 2023 et que les autorités portugaises, saisies par la France le 23 janvier 2024 sur le fondement des dispositions de l'article 12 paragraphe 4 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ont accepté de la prendre en charge le 15 mars 2024. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 29 novembre 2023, deux brochures d'informations en langue portugaise, comprise lue et parlée par l'intéressée, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises à la requérante portant la signature de l'intéressée. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, la requérante a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été reçue en entretien individuel le 29 novembre 2023, que celui-ci s'est déroulé en portugais, langue comprise par l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités portugaises ont accepté explicitement, le 15 mars 2024, de prendre en charge la requérante sur le fondement de l'article 12, paragraphe 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités portugaises n'est intervenu pour la prise en charge de Mme D doit être écarté.
7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen complet de la situation de Mme D avant de prendre l'arrêté attaqué.
8. En septième lieu, d'une part, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.
9. La requérante soutient que son état de santé nécessite qu'elle reste en France, où elle dispose d'un accompagnement médical ainsi que d'un logement. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que Mme D est suivie en France et a subi divers examens médicaux tels qu'une échographie ainsi qu'une IRM, elle n'établit pas qu'elle ne pourra pas recevoir un suivi médical équivalent au Portugal, pays dont elle parle d'ailleurs la langue. En outre, Mme D n'établit pas qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un accompagnement dans l'examen de sa demande d'asile au Portugal. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de mettre en œuvre l'article 17 du règlement susvisé. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées des article 3 et 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, ne peut qu'être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités portugaises. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Tourbier et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
La magistrate désignée,
SIGNE
C. Galle
La greffière,
SIGNE
F. Cliquet
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026