lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401800 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 mai 2024, M. A B représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités espagnoles ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013;
- elle méconnait les dispositions de l'article 22, paragraphe 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle est entaché d'une erreur de fait dès lors que l'arrêté attaqué mentionne à tort qu'il a franchi irrégulièrement la frontière italienne ;
- il n'est pas établi que les autorités espagnoles ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Le 14 mai 2024, le préfet du Nord a produit les pièces du dossier de M. B.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, a été entendu :
- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,
- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ressortissant malien né le 1er janvier 2000, s'est présenté à la préfecture de l'Oise le 22 janvier 2024, en vue de déposer une demande d'asile. Le 19 février 2024 les autorités espagnoles ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 13, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités espagnoles ont donné leur accord implicite à la prise en charge de M. B. Par un arrêté du 29 avril 2024, notifié le même jour, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressé aux autorités espagnoles.
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le 5 avril 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. C D chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision litigieuse, qui manque en fait, doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que M. B a demandé l'asile en France le 22 janvier 2024 et que les autorités espagnoles, saisies par la France le 19 février 2024 sur le fondement du paragraphe 13, paragraphe 1 de ce règlement, ont implicitement accepté de le prendre en charge le 20 février 2024. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 22 janvier 2024, deux brochures d'informations en langue soninké, comprise lue et parlée par l'intéressé, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises au requérant portant la signature de l'intéressé. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, le requérant a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été reçu en entretien individuel le 22 janvier 2024, et que celui-ci s'est déroulé en langue soninké, langue comprise par l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 21, paragraphe 1 du règlement (UE) du 26 juin 2013 : " L'État membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre État membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date de l'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre État membre aux fins de prise en charge du demandeur. Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif ("hit") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'État membre auprès duquel la demande a été introduite. () ". D'autre part, aux termes de l'article 22, paragraphe 1 du même règlement : " L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur dans un délai de deux mois à compter de la réception de la requête. ". Enfin aux termes de l'article 22, paragraphe 7 du même règlement : " L'absence de réponse à l'expiration du délai de deux mois mentionné au paragraphe 1 et du délai d'un mois prévu au paragraphe 6 équivaut à l'acceptation de la requête et entraîne l'obligation de prendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée".
7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord indique avoir saisi les autorités espagnoles d'une demande de prise en charge de M. B le 19 février 2024 et produit, outre la demande de prise en charge adressée aux autorités espagnoles, l'accusé de réception généré à cette date à 9h44 par le point d'accès national espagnol vers le point d'accès national français identifié " frdub@nap01.fr.dub.testa.eu ". Si la décision attaquée indique à tort que la décision implicite d'acceptation des autorités espagnoles est née le 20 février 2024, soit le lendemain de la demande, alors qu'elle est en réalité intervenue au terme d'un délai de deux mois à compter du 19 février 2024, cette erreur de plume est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors qu'à la date de l'arrêté de transfert attaquée, la décision implicite par laquelle les autorités espagnoles ont accepté la requête aux fins de prise en charge formée par la France le 19 février 2024 était née deux mois après cette dernière date. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 22, paragraphe 7 doit être écarté. En outre, contrairement à ce que soutient le requérant, la demande de prise en charge a été formée dans le délai prévu à l'article 21 du règlement (UE) n°604/2013, soit moins de deux mois après la réception du résultat positif Eurodac, intervenu en l'espèce le 22 janvier 2024. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités espagnoles n'est intervenu pour la reprise en charge de M. B doit être écarté, de même que celui tiré de la violation des articles 21 et 22 du règlement (UE) n°604/2013.
8. En sixième lieu, d'une part l'article 13, paragraphe 1, du règlement (UE) n°604/2013 prévoit que lorsque le demandeur a franchi irrégulièrement la frontière d'un Etat membre dans lequel il est entré en venant d'un Etat tiers, cet Etat membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale.
9. D'autre part, aux termes de l'article 22 du règlement (UE) n°604/2013 : " () / 2. Dans le cadre de la procédure de détermination de l'État membre responsable, des éléments de preuve et des indices sont utilisés. / 3. La Commission établit et revoit périodiquement, par voie d'actes d'exécution, deux listes indiquant les éléments de preuve et les indices pertinents () : / a) Éléments de preuve / i) Il s'agit de la preuve formelle qui détermine la responsabilité en vertu du présent règlement, aussi longtemps qu'elle n'est pas réfutée par une preuve contraire. (). ". Aux termes de l'annexe II du règlement (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 : " LISTE A / ÉLÉMENTS DE PREUVE / I. Processus de détermination de l'État responsable d'une demande de protection internationale / () 5. Visas en cours de validité (article 12, paragraphes 2 et 3) et visas périmés depuis moins de six mois [et date d'entrée en vigueur] (article 12, paragraphe 4) / Preuves / - visa délivré (valide ou périmé, selon les cas) ; / - extrait du registre des étrangers ou des registres correspondants ; / - résultat positif (hit) transmis par le VIS conformément à l'article 21 du règlement (CE) n° 767/2008 ; / - rapports/confirmation des informations par l'État membre qui a délivré le visa. 6. Entrée légale sur le territoire par une frontière extérieure (article 14) Preuves / - Cachet d'entrée sur un passeport () 7. Entrée illégale sur le territoire par une frontière extérieure (article 13, paragraphe 1). Preuves : - résultat positif fourni par Eurodac par suite de la comparaison des empreintes du demandeur () - cachet d'entrée sur un passeport faux ou falsifié ; - cachet de sortie d'un État limitrophe d'un État membre () - titre de transport permettant formellement d'établir l'entrée par une frontière extérieure ; - cachet d'entrée ou annotation correspondante dans le document de voyage. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que la consultation du fichier Eurodac a fait ressortir que les empreintes digitales de M. B telles que relevées à la préfecture de l'Oise lors sa demande d'asile avaient été relevées le 17 octobre 2023 par les autorités espagnoles sous le numéro ES 2 1847997827, le classifiant ainsi en catégorie 2, concernant les étrangers interpellés lors d'un franchissement irrégulier d'une frontière extérieure de l'Union. Ce résultat positif constitue un " élément de preuve " au sens de l'article 22 du règlement (UE) n°604/2013 et de l'annexe II du règlement (UE) n°118/2014 du 30 janvier 2014. Le requérant n'apporte aucune preuve contraire au sens des dispositions précitées, de nature à remettre en cause la matérialité du franchissement irrégulier de frontière sur lequel se fonde la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.
11. En septième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen particulier de la situation de M. B.
12. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () / () ". La faculté laissée à chaque Etat membre par cet article de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
13. M. B soutient qu'il ne sera pas pris en charge en Espagne alors qu'il est pris en charge en France où il bénéficie d'un logement décent, alors qu'il se trouverait isolé en Espagne, pays dont il ne parle pas langue. Il soutient également qu'il souffre de problèmes dermatologiques. Toutefois, ces éléments ne permettent pas de justifier, que la prise en charge de son état de santé ne pourrait pas être assurée par le système de soins espagnol, ni qu'il ne pourrait pas voyager vers l'Espagne. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Tourbier et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La magistrate désignée,
SIGNE
C. Galle
La greffière,
SIGNE
F. Cliquet
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026