lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401802 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | QUENNEHEN-TOURBIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mai 2024, Mme A F B, représentée par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a prononcé son transfert aux autorités néerlandaises ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de prendre en charge l'instruction de sa demande d'asile, ou de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il n'est pas établi que les autorités néerlandaises ont été destinataires d'une demande de transfert ni qu'elles ont accepté le transfert ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles 3 et 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, dès lors que
l'état de santé de ses filles les contraint à être suivies par des médecins français avec lesquels elles doivent maintenir un lien thérapeutique pour le traitement de leurs maladies ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnait l'article 6 paragraphe 1 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant.
Le 14 mai 2024, le préfet du Nord, a produit les pièces du dossier de Mme F B.
Mme F B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément aux articles L. 572-5 et L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,
- les observations de Me Niquet, substituant Me Tourbier, pour Mme F B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête,
- les observations de Mme F B elle-même qui précise que ses deux filles souffrent de drépanocytose, qu'elles doivent prendre un traitement quotidien ; qu'elle est venue en France pour faire soigner ses filles qui étaient discriminées en Angola ; que sa sœur et sa nièce, également mineures, les accompagnent.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F B, ressortissante angolaise née le 19 juin 1987, s'est présentée à la préfecture de l'Oise le 27 septembre 2023, en vue de déposer une demande d'asile. Le 20 octobre 2023 les autorités néerlandaises ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12 paragraphe 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités néerlandaises ont rejeté cette demande le 15 décembre 2023. Le 26 décembre 2023, les autorités néerlandaises ont été saisies d'une demande de réexamen de cette décision, et ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de Mme F B le 28 décembre 2023. Par un arrêté du 26 avril 2024, le préfet du Nord a décidé du transfert de l'intéressée aux autorités néerlandaises.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 4 avril 2024, publié le 5 avril 2024 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à M. D E, chef du bureau de l'asile, à l'effet de signer, en particulier, les décisions de transfert. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'absence d'une telle délégation manque en fait, tandis que le moyen tiré de son irrégularité n'est assorti d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Il précise que Mme F a demandé l'asile en France le 27 septembre 2023 et que les autorités néerlandaises, saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement des dispositions de l'article 12 paragraphe 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ont donné leur accord explicite à la reprise en charge de Mme F B le 28 décembre 2023. Dès lors, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme F B s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel, le 27 septembre 2023, deux brochures d'informations en langue portugaise, comprise lue et parlée par l'intéressée, dont l'une dite " A " intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' ", l'autre dite " B " intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ". Le préfet du Nord produit une copie de chacune des brochures remises à la requérante portant la signature de l'intéressée. Ces deux brochures comportent l'ensemble des informations rendues obligatoires par les dispositions précitées. Ainsi, la requérante a reçu toutes les informations requises lui permettant de faire valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme F B a été reçue en entretien individuel le 27 septembre 2023, que celui-ci s'est déroulé avec l'assistance d'un interprète en langue portugaise, langue comprise par l'intéressée. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
6. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités néerlandaises ont accepté explicitement, le 28 décembre 2023, de prendre en charge la requérante sur le fondement de l'article 12, paragraphe 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite le moyen tiré de ce qu'aucun accord des autorités néerlandaises n'est intervenu pour la prise en charge de Mme F B doit être écarté.
7. En sixième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen complet de la situation de Mme F B avant de prendre l'arrêté attaqué.
8. En septième lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Il résulte de ces dispositions que si le préfet peut refuser l'admission au séjour d'un demandeur d'asile au motif que la responsabilité de l'examen de cette demande relève de la compétence d'un autre Etat membre, il n'est pas tenu de le faire et peut autoriser une telle admission au séjour en vue de permettre l'examen d'une demande d'asile présentée en France.
9. Mme F B soutient que ses filles, H G B C née le 4 mars 2013 et Raissa Kaylanne B C née le 5 décembre 2020 sont gravement malades et qu'elles doivent suivre un lourd traitement qu'elles ne pourront pas recevoir au Pays-Bas. Elle soutient également que la rupture de la prise en charge médicale en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour ses filles. Toutefois, il n'est pas établi par les attestations des médecins de ces enfants, qui mentionnent une maladie hématologique, ainsi que par le formulaire médical de l'OFII relatif à la prise en charge d'un demandeur d'asile faisant l'objet d'une mesure de transfert, qui mentionne une drépanocytose, que ses filles ne pourraient pas être prises en charge au Pays-Bas et notamment bénéficier du suivi médical régulier nécessaire compte tenu de leurs pathologies. Dans ces circonstances, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Nord a commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de mettre en œuvre l'article 17 du règlement susvisé. Par suite, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que des stipulations de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, et alors que la requérante ne se prévaut d'aucune attache familiale en France, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent et nonobstant la circonstance que les filles de Mme F B sont scolarisées en France depuis le 1er septembre 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision de transfert au Pays-Bas de l'intéressée et de l'ensemble de sa famille porterait atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté, de même que celui tiré de la violation de l'article 6 du règlement (UE) n° 604/2013.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet du Nord a ordonné son transfert aux autorités néerlandaises. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F B, à Me Tourbier, et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La magistrate désignée,
SIGNE
C. Galle
La greffière,
SIGNE
F. Cliquet
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026