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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401807

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401807

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSZYMANSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 mai 2024, Mme H L, M. J M, Mme K C, Mme E C, Mme F I et M. B A, représentés par Me Szymanski, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise a ordonné la fermeture administrative de l'établissement " Alternative de nos aînés " ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision contestée a pour effet

d'expulser purement et simplement certains des requérants de leur domicile, et qu'elle empêche le fonctionnement de l'activité, causant un préjudice financier immédiat et grave à Mme L et M. M, à la fois bailleurs et salariés des locataires en qualité

d'auxiliaires de vie, dès lors que plusieurs locataires ont à la fois résilié leur bail et fait part de leur intention de licencier les intéressés ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- l'arrêté est entaché d'incompétence au regard des dispositions des articles R. 143-23 du code de la construction et de l'habitation et de l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales, en l'absence de mise en demeure préalable adressée au maire, qui est normalement compétent pour assurer l'exécution de la règlementation relative aux établissements recevant du public ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'établissement " Alternative de nos aînés " n'est pas un établissement recevant du public hébergeant des personnes âgées, mais constitue le domicile privé des personnes qui y résident chacune en vertu d'un bail d'habitation, sans parties communes ; que les logements disposent de leur propre entrée et de compteurs électriques distincts ; que les baux d'habitation conclus ne sont pas subordonnés à la conclusion parallèle d'un contrat de travail comme auxiliaire de vie avec le bailleur ; que la prise en compte du groupe iso-ressources est sans incidence sur la qualification d'établissement recevant du public ; qu'en tout état de cause, la capacité d'hébergement reste inférieure à 20 personnes de sorte que l'établissement ne relève pas des établissements de

type J mentionnés à l'article J1 de l'arrêté ministériel portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- la mesure de fermeture attaquée présente un caractère disproportionné.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024 à 12h25, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient à titre principal :

- que la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par Mme E C, en l'absence de preuve qu'elle est assistée de son curateur pour intenter l'action en justice ;

- que la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par Mme E C, Mme G C, Mme F I et M. B A en l'absence d'intérêt à agir de ces derniers dès lors que la mesure attaquée vise à assurer leur protection et qu'ils ont été pris en charge par les services de l'Etat, afin d'être relogés le jour même dans des établissements d'hébergements pour personnes âgées dépendantes ou dans leur famille.

Elle soutient à titre subsidiaire :

- que la condition d'urgence n'est pas remplie, dès lors qu'il existe un intérêt public justifiant le maintien de la décision contestée, qui a été pris dans le but d'assurer la sécurité des résidents, que l'ensemble des résidents a pu être relogé, et que les deux propriétaires n'établissent pas la gravité du préjudice financier dont ils se prévalent ;

- que la condition relative au doute sérieux sur la légalité de la décision n'est pas remplie dès lors que :

- l'arrêté attaqué est fondé sur l'article L. 2215-1 du code général des collectivités territoriales qui confie au préfet un pouvoir de substitution en cas d'inaction du maire dans l'exercice de son pouvoir de police ; qu'en l'espèce, en raison de l'urgence, le préfet était compétent pour prendre la mesure attaquée sans mettre en demeure préalablement le maire ; qu'en l'espèce l'urgence est établie compte tenu des risques importants pour la sécurité des résidents et des propriétaires en cas d'incendie révélés par le contrôle du 23 avril 2024 ;

- l'établissement constitue un établissement recevant du public de type J de

5ème catégorie, en application des dispositions combinées de l'article R. 143-2 du code de la construction et de l'habitation, et de l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public, dès lors qu'il s'agit d'une structure d'accueil de personnes âgées, regroupant au moins 7 personnes, et que plus de 10 % des personnes hébergées soit 6 résidents sur 10 en l'espèce, relèvent de groupes iso-ressources (GIR) 1 et 2 ;

- la circonstance que les logements soient donnés en location ne fait pas obstacle à une telle qualification ; que l'établissement a vocation à accueillir ces résidents qui ont besoin d'une tierce personne pour les actes de la vie quotidienne, cette aide étant en l'espèce organisée par Mme L au travers des plannings et du suivi des contrats des auxiliaires de vie de chaque résident ;

- cet établissement n'ayant pas fait l'objet d'un arrêté d'ouverture du maire est exploité en méconnaissance de la législation relative aux établissements recevant du public ;

- la mesure attaquée n'est pas disproportionnée compte tenu du danger en cas d'incendie.

Vu :

- la requête n°2401872, enregistrée le 9 mai 2024, par laquelle les requérants demandent l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- l'arrêté du 25 juin 1980 portant approbation des dispositions générales du règlement de sécurité contre les risques d'incendie et de panique dans les établissements recevant du public ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 17 mai 2024 :

- le rapport de Mme Galle, juge des référés,

- les observations de Me Szymanski, pour les requérants, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et précise que les licenciements dont font l'objet Mme L et M. M du fait de l'arrêté attaqué entrainent une perte de rémunération à court terme, de sorte que l'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est établie ; qu'il n'existait aucune urgence à agir en l'espèce dès lors que la décision attaquée fait suite à une enquête du comité opérationnel départemental de lutte anti-fraude qui avait nécessairement connaissance de la situation de l'établissement en amont de l'arrêté contesté ; que, par suite, le pouvoir de substitution du préfet ne pouvait être légalement mis en œuvre sans mise en demeure préalable du maire ; qu'en l'espèce, chaque logement est indépendant et dispose d'une cuisine, qu'il n'existe aucun montage contractuel permettant d'assimiler l'établissement à un établissement recevant du public au sens du code de la construction et de l'habitation ; qu'aucune stipulation du bail n'impose de recruter l'un des propriétaires bailleurs en tant qu'auxiliaire de vie ; qu'il n'existe pas de risque pour la sécurité dès lors que l'établissement fonctionne sans incident depuis 2012, que les détecteurs de fumée dont sont équipés chaque logement sont suffisants, et que le seul niveau de dépendance des occupants des logements ne peut suffire à attraire un tel immeuble d'habitation dans la notion d'établissement recevant du public ;

- les observations de Mme L, qui précise que deux auxiliaires de vie travaillent chaque matin dans l'établissement et assurent l'ensemble des soins aux personnes âgées au nombre de dix ; que les plannings de présence des diverses auxiliaires de vie des locataires sont établis à l'avance afin d'organiser la présence continue des auxiliaires de vie en fonction de leurs jours non travaillés ou de leurs jours de congés respectifs ; que chaque résident l'a recrutée comme auxiliaire de vie, bien qu'aucune stipulation du contrat de bail ne l'y ait contraint ; que les courses individuelles de chaque résident sont effectuées une fois par semaine par M. M, en tant qu'auxiliaire de vie des résidents ; que les repas sont préparés chaque après-midi et réchauffés le lendemain au sein de chaque studio, selon des menus individualisés pour chacun des résidents ; que les infirmières libérales de chaque résident et les médecins se déplacent jusqu'au domicile de chaque résident comptant parmi leurs patients ;

- les observations de Mme D, cheffe du bureau des affaires juridiques de la préfecture de l'Oise, pour la préfète de l'Oise ; elle conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens que ses écritures.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin de suspension de l'arrêté en litige :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Par un arrêté du 23 avril 2024, la préfète de l'Oise a prononcé la fermeture immédiate de l'établissement " Alternative de nos aînés " sis 6 rue Toulouse Lautrec à Thourotte, pour une durée de trois mois, et conditionné la réouverture des locaux au public à l'intervention d'un arrêté d'ouverture municipal délivré après passage de la commission de sécurité. Cet établissement est composé de sept logements indépendants (studios ou chambres) donnés en location ou colocation, au rez-de-chaussée d'une maison d'habitation, à dix personnes âgées au total. Mme L et M. M, qui sont à la fois propriétaires bailleurs, résidant à l'étage de leur maison, et à la fois les salariés en tant qu'auxiliaires de vie des personnes âgées occupant ces logements, ainsi que Mme C, Mme I, et M. A, qui occupent trois de ces logements, demandent au juge des référés de suspendre l'exécution de cet arrêté sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens tels que visés ci-dessus n'est de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, ni d'examiner les fins de non-recevoir soulevées en défense, les conclusions à fin de suspension de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit à mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance de référé, la partie perdante, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme L et autres est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme H L, première requérante dénommée, et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.

Fait à Amiens, le 29 mai 2024.

La juge des référés,

Signé :

C. GalleLa greffière,

Signé :

S. Grare

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401807

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