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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401829

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401829

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B C, ressortissant congolais, qui contestait l'arrêté préfectoral du 9 avril 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a examiné les moyens soulevés, notamment ceux tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-3, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, le tribunal estimant que les décisions attaquées n'étaient pas entachées d'illégalité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mai 2024, M. B C, représenté par Me Giard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, l'a obligé à se présenter auprès des services du commissariat de Saint-Quentin deux fois par semaine dans l'attente de son départ et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée tel que garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'obligeant à se présenter au commissariat deux fois par semaine est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- et les observations de Me Giard représentant M. B C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant de la République Démocratique du Congo né le 30 novembre 2005 est entré sur le territoire français le 25 mai 2022, selon ses déclarations. Le 4 décembre 2023, il a sollicité son admission au séjour. Par un arrêté du 9 avril 2024, dont M. C demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'oblige à se présenter tous les mardi et vendredi à 8h30 au commissariat de Saint-Quentin.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou de " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

4. Il est constant que M. C, qui déclare être entré sur le territoire français le 25 mai 2022, a été confié à l'aide sociale à l'enfance le 11 juin 2022, soit entre l'âge de seize ans et dix-huit ans.

5. Premièrement il ressort des pièces du dossier que, après avoir suivi des cours de langue étrangère entre le 3 octobre et le 7 novembre 2022, M. C s'est inscrit dans une formation du lycée professionnel Colard Noël à Saint-Quentin en fin de premier trimestre de l'année scolaire 2022/2023, raison pour laquelle il n'a pas été noté. Il ressort également des pièces du dossier qu'il a intégré, à compter du deuxième trimestre, une classe de seconde professionnelle " métiers de la construction durable, du bâtiment et des travails publics ". Par ailleurs, il ressort de ces mêmes pièces qu'ayant validé son année de seconde professionnelle avec les encouragements du lycée à compter de l'année scolaire 2023/2024, il a intégré la classe de première professionnelle en vue de l'obtention d'un baccalauréat professionnel mention " aménagement et finition du bâtiment " dans le cadre de laquelle il a conclu un contrat d'apprentissage pour la période du 18 septembre 2023 au 4 juillet 2025. A cet égard, contrairement à ce que fait valoir le préfet dans sa décision litigieuse et dans ses écritures en défense, il ne ressort pas des mentions apportées par ses professeurs sur ses bulletins de note qu'un manque de de concentration, d'investissement dans le suivi de sa formation scolaire et des bavardages récurrents lui soient reprochés. Au contraire, les bulletins scolaires produits pour les trois trimestres de l'année 2022/2023 font état, d'une part, de résultats corrects avec une forte progression entre le deuxième et le troisième trimestre, et, d'autre part, de bonnes appréciations de ses professeurs qui témoignent de son sérieux, de son investissement, des efforts déployés en dépit de difficultés relevées en langue française et qui soulignent sa progression scolaire, appréciations confirmées par les multiples attestations produites par le requérant et rédigées par ses professeurs et le proviseur du lycée dans lequel il suit ses études. A ce titre, il ressort du bulletin du troisième trimestre de l'année 2023/2024 qu'il a été admis en première professionnelle avec apprentissage avec les compliments du chef d'établissement. En outre, il ressort des multiples attestations produites par M. C et rédigées notamment par son employeur, ses collègues, ses professeurs, proviseur qu'il est unanimement décrit comme un jeune homme poli, volontaire, dynamique, sérieux dont la qualité du travail est reconnue par son employeur et par l'équipe pédagogique du lycée Colard Noël. Enfin, il ressort de ces mêmes pièces que si M. C a été absent douze demi-journées durant les années scolaires 2022 à 2024, seules deux de ces demi-journées ne sont pas justifiées et n'ont donné lieu à aucune sanction.

6. Deuxièmement, en se bornant à affirmer dans ses écritures en défense que la mère et les deux frères de M. C résident toujours en Guinée, alors au demeurant que l'intéressé est originaire de la République Démocratique du Congo, le préfet de l'Aisne ne démontre pas de façon probante que l'intéressé maintiendrait des liens avec les membres de sa famille restés dans son pays d'origine, ce qui ne ressort pas davantage des pièces du dossier.

7. Eu égard à l'ensemble des éléments exposés aux points qui précèdent et alors qu'aucune pièce du dossier ne révèle que le comportement de M. C représenterait une menace pour l'ordre public, le préfet de l'Aisne a, en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 9 avril 2024 portant refus de délivrance d'un titre de séjour doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, celles portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination, l'obligeant à se présenter auprès des services du commissariat de Saint-Quentin deux fois par semaine dans l'attente de son départ et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Compte tenu de son motif, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement que soit délivrée à M. C la carte de séjour temporaire sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de l'Aisne d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 9 avril 2024 du préfet de l'Aisne est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de l'Aisne de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Aisne.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Parisi et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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