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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401873

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401873

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401873
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantWERBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2411254 du 14 mai 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif d'Amiens, en application des articles R. 312-8, R. 776-16 et R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 5 mai 2024 présentée par M. D A.

Par cette requête enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 15 mai 2024 sous le n° 2401873, M. A, représenté par Me Werba, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2022, notifié le 3 mai 2024, par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit ;

3°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'assigné à résidence sur la commune de Beauvais pour une durée de 45 jours et a fixé les modalités d'exécution de cette décision ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier et individuel de sa situation ;

- la notification de la décision a été faite en langue anglaise de manière irrégulière ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de son insertion professionnelle réussie ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a fait part de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la notification de la décision a été faite en langue anglaise, qu'il ne comprend pas, de manière irrégulière.

La préfète de l'Oise a produit des pièces le 16 mai 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 5 juin 1998, est entré sur le territoire français le 26 juin 2020 selon ses déclarations. Par la présente requête, M. A demande l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 14 novembre 2022, notifié le 3 mai 2024, en tant que par cet arrêté le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit, d'autre part, de l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence sur la commune de Beauvais pour une durée de 45 jours et a fixé les modalités d'exécution de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A a sollicité l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 19 septembre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le Val-d'Oise, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C B, cheffe du bureau de l'intégration et des naturalisations, à l'effet de signer notamment toute obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'une délai de départ volontaire prévue par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. En l'espèce, l'arrêté en litige vise et cite les textes dont il fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'agissant de la décision attaquée. Par ailleurs, le préfet du Val-d'Oise, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger faisant l'objet notamment d'une obligation de quitter le territoire français, précise en particulier que l'intéressé a sollicité l'asile le 1er juillet 2020, que l'office français pour la protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande par décision du 14 avril 2021 notifiée le 5 mai suivant, que la Cour nationale du droit d'asile a confirmé le rejet de la demande d'asile par décision du 15 juillet 2022 notifiée le 27 juillet suivant. Par suite, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation invoqué à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté comme manquant en fait.

7. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de sa situation personnelle et familiale avant de prendre la décision attaquée.

8. En quatrième lieu, les conditions dans lesquelles une décision est notifiée sont sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté en litige lui a été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas.

9. En dernier lieu, M. A soutient que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de son insertion professionnelle réussie. Si au soutien de ses allégations il produit un contrat de travail et des bulletins de salaires attestant de l'exercice d'une activité professionnelle régulière depuis 2020, cette seule circonstance ne peut être regardée à elle seule comme de nature à justifier d'une insertion suffisamment ancienne, intense et stable dans la société française, alors par ailleurs que l'intéressé est célibataire et n'établit pas être chargé de famille ni être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, et eu égard également au motif non contesté sur lequel le préfet s'est fondé pour prendre la décision attaquée, M. A n'est pas fondé à soutenir que celle-ci serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, de sorte que le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Si M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a fait part de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit toutefois aucune précision ou pièce justificative au soutien de ses allégations et il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'en cas de retour au Bangladesh, l'intéressé serait susceptible de subir un traitement inhumain ou dégradant. Le moyen doit ainsi être écarté.

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

11. Les conditions dans lesquelles une décision est notifiée sont sans incidence sur sa légalité. Il suit de là que le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté en litige lui a été notifié dans une langue qu'il ne comprend pas.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés attaqués doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et, à la préfète de l'Oise, au préfet du Val-d'Oise et à Me Werba.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. WAVELET

Le greffier,

Signé

J.-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise et au préfet du Val-d'Oise chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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