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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401883

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401883

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401883
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. B, ressortissant ivoirien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 16 avril 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le caractère réel et sérieux du suivi de sa formation n'était pas établi en raison d'un absentéisme scolaire important et non justifié, et que ses liens avec sa famille restée en Côte d'Ivoire n'étaient pas rompus. En conséquence, le refus de titre de séjour fondé sur l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été jugé légal, et la requête a été rejetée dans son ensemble.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, M. C B, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de

1000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Galle, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien né le 9 décembre 2005, soutient être entré sur le territoire français en août 2021, et a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance le 18 août 2021. Le 29 novembre 2023, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 avril 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ".

3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale " présentée sur le fondement des dispositions précitées, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.

4. M. B a été scolarisé en classe de troisième durant l'année 2021-2022, puis en première et deuxième année de CAP " plomberie et monteur d'installation thermique " durant les années 2022-2023 et 2023-2024. Il ressort des pièces du dossier que si l'état de santé de M. B, qui a souffert d'une pathologie psychiatrique, explique l'absentéisme important de l'intéressé durant l'année 2021-2022, et également au cours des mois de septembre et octobre 2023, les bulletins scolaires de l'intéressé pour le 1er semestre de l'année 2023-2024 font état de 48 absences non justifiées sur 80 demi-journées d'absence au total, et le bulletin du 2ème semestre de l'année 2022-2023 fait état de 24 absences non justifiées sur 68 demi-journées d'absence, ce alors que le requérant bénéficie d'un suivi médical et psychologique régulier en France depuis l'année 2022. Par suite, le caractère réel et sérieux du suivi de la formation n'est pas suffisamment établi. D'autre part, si le requérant indique qu'il a été abandonné par ses parents, il ne conteste pas avoir eu au moins un contact avec sa mère vivant en Côte d'Ivoire depuis son arrivée sur le territoire. Dans ces conditions, et alors même que le requérant se prévaut de son intégration en France et démontre notamment participer à une association sportive, en se fondant sur l'absence de sérieux des études et l'existence de liens dans le pays d'origine pour refuser à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Somme n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le préfet de la Somme n'a pas entaché l'arrêté attaqué d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. B, qui est célibataire et sans enfant en France.

6. En dernier lieu il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Somme et à Me Pereira.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente-rapporteure,

- M. Fugamalli, conseiller,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

L'assesseur le plus ancien,

signé

E. Fumagalli

La présidente-rapporteure,

signé

C. Galle

Le greffier,

signé

J.F Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2401883

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