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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401884

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401884

mardi 6 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C, ressortissant libanais, qui contestait l'arrêté du préfet de la Somme refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que le refus ne méconnaissait pas l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car M. C n'a pas démontré qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié au Liban pour ses pathologies. Il a également estimé que l'admission exceptionnelle au séjour prévue à l'article L. 435-1 n'était pas justifiée, faute de motifs exceptionnels ou humanitaires suffisants. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2024, M. B C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Liban comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Galle, présidente-rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant libanais né le 21 janvier 1987, déclare être entré sur le territoire français le 19 mars 2022. Le 20 avril 2022, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 14 septembre 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 17 mars 2023. Le 17 août 2023, M. C a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étranger malade, ou son admission exceptionnelle au séjour en tant que salarié dans le cadre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 avril 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Liban comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui souffre d'une discopathie et d'un syndrome d'apnée du sommeil, est également atteint d'une pathologie pulmonaire chronique, en l'espèce une ascension de la coupole diaphragmatique droite. Il n'est pas contesté que son état de santé nécessite une prise en charge médicale, notamment une prise en charge chirurgicale pour traiter l'ascension de la coupole diaphragmatique, et que le défaut d'une telle prise en charge pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi que l'indique le collège des médecins de l'OFII dans son avis du 29 février 2024, qui précise également que M. C peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'opération chirurgicale de traitement de l'ascension de la coupole diaphragmatique n'est pas décrite comme urgente dans les pièces médicales fournies par le requérant. En outre, en se bornant à invoquer les grandes difficultés économiques et sociales du Liban, M. C n'établit pas ne pas pouvoir bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé au Liban eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de ce pays. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Somme aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en prenant l'arrêté attaqué.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est présent sur le territoire depuis le 19 mars 2022, en compagnie de sa mère et de sa sœur, également en situation irrégulière, et qu'il est célibataire et sans enfant. Par ailleurs si l'intéressé fait valoir qu'il est bénévole au sein de l'association " Les Restos du Cœurs " mais également bénévole en tant que comptable pour l'association diocésaine, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir une intégration ancienne, intense et stable dans la société française. En outre, M. C ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Par ailleurs, si M. C fait valoir qu'il a effectué un stage de huit mois en 2017 afin de devenir préparateur d'empreintes dentaires, emploi pour lequel un employeur a présenté pour lui une demande d'autorisation de travail, qui a été implicitement rejetée, les pièces produites au dossier ne permettent pas d'établir que l'intéressé dispose des qualifications ou diplômes nécessaires à cet emploi, alors qu'il a suivi des études de comptabilité et de management au Liban et a exercé comme comptable, directeur financier et chef d'entreprise au Liban. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, le préfet de la Somme n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Pereira et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente-rapporteure,

- M. Fumagalli, conseiller,

- M. A, magistrat honoraire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 août 2024.

L'assesseur le plus ancien

signé

E. Fumagalli

La présidente-rapporteure,

signé

C. Galle

Le greffier,

signé

J.-F. Langlois

La République mande et ordonne et au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2401884

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