jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PEREIRA EMMANUELLE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024 sous le n° 2401901, M. B C, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Il soutient que :
- le refus de titre méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que les traitements nécessaires à ses pathologies ne sont pas disponibles au Kosovo ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France et de son insertion au sein de la société française ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant est inséré en France, où, depuis septembre 2016, il suit une scolarité dont les résultats sont en constante progression et où il est engagé dans une activité sportive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
II. Par une requête, enregistrée le 16 mai 2024 sous le n° 2401902, Mme D E, épouse C, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024, par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une carte de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Elle soutient que :
- le refus d'admission exceptionnelle au séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France, de son intégration au sein de la société française et de la promesse d'embauche dont elle bénéficie ;
- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle, compte tenu du soutien qu'elle apporte à son époux dans la poursuite de ses soins de santé ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que son enfant est inséré en France, où, depuis septembre 2016, il suit une scolarité dont les résultats sont en constante progression et où il est engagé dans une activité sportive.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme D E, épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Rondepierre, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D E, épouse C, et M. B C, ressortissants kosovars, nés respectivement le 29 juillet 1971 et le 8 octobre 1973, déclarent être entrés en France le
5 juillet 2016, où leurs demandes d'asile ont été rejetées par deux décisions de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 13 janvier 2017, confirmées par deux arrêts de la cour nationale du droit d'asile du 7 septembre 2017, à la suite desquels a été prononcée à l'encontre de chacun d'eux une obligation de quitter le territoire français, le 26 septembre 2017. Ils ont, par la suite, fait l'objet d'une deuxième obligation de quitter le territoire français, le 1er août 2019.
M. C a présenté une demande de titre séjour, en qualité de parent d'enfant mineur scolarisé, qui lui a été refusée par un arrêté du 25 mai 2022, annulé par un jugement du 4 octobre 2022.
Mme E, épouse C a présenté la même demande le 22 décembre 2022. Par un arrêté du 28 juin 2023, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Le 25 octobre 2022, M. C a présenté une demande de titre de séjour pour motifs de santé. Par un second arrêté du 28 juin 2023, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
2. Le 28 décembre 2023, le tribunal a, s'agissant de la situation de Mme C, annulé l'arrêté du 28 juin 2023 en tant qu'il ne se prononçait pas sur la demande de titre de séjour qu'elle avait formulée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, s'agissant de la situation de son époux, annulé l'arrêté du 28 juin 2023 en tant qu'il obligeait ce dernier à quitter le territoire français. Procédant au réexamen de la situation des époux C, le préfet de la Somme a pris, le 17 avril 2024, à l'encontre de chacun, un arrêté refusant de leur délivrer un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le Kosovo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de ces mesures. Par deux requêtes, respectivement enregistrées sous les numéros 2401901 et 2401902, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit répondu par une même décision, M. et Mme C demandent l'annulation des arrêtés du 17 avril 2024.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".
4. Pour refuser d'admettre M. C au séjour, le préfet s'est fondé sur l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 17 mai 2023, aux termes duquel l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si M. C soutient ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement, faute de ressources, il ne ressort ni des documents médicaux dont il se prévaut, ni d'aucune autre pièce du dossier que le système de soins kosovar ne lui permettrait pas de poursuivre effectivement un traitement adapté à sa pathologie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaitrait les dispositions citées au point précédent et les conclusions tendant à l'annulation de cette décision doivent être rejetées.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Mme E, épouse C est arrivée en France en 2016, où elle est hébergée, avec son époux et leur fils mineur, en structure d'accueil d'urgence. L'intéressée a suivi des cours de " français langue étrangère " de janvier à juin 2017, qui lui ont notamment permis de valider le niveau A1 en français en juin 2023. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme C participe très régulièrement à des ateliers organisés par une association qui lui a proposé une promesse d'embauche pour réaliser des tâches d'entretien des locaux, en août 2021, renouvelée en décembre 2022 puis en juillet 2023, sans toutefois que ces éléments ne constituent une situation exceptionnelle. En outre, le fils A et Mme C justifie de bons résultats scolaires depuis son inscription en 2016, ainsi que d'une pratique sportive très assidue. Cependant, ni ces différents éléments, ni la situation médicale de son époux, telle qu'exposée précédemment, ne constituent des éléments de nature à établir le caractère exceptionnel de la situation de Mme C, qui n'est, par suite, pas fondée à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel d'une erreur manifeste d'appréciation, ni qu'elle résulterait d'une telle erreur s'agissant de l'appréciation de sa situation personnelle.
7. En troisième lieu, si M. C se prévaut également quant à lui du suivi de cours de français langue étrangère en 2017, ainsi que de cours d'alphabétisation en 2020 et d'une participation régulière aux ateliers proposés par une association depuis 2021, au soutien de la démonstration de son intégration sur le territoire français, il ne ressort toutefois ni de ces éléments, ni d'autres pièces du dossier, ni, enfin, de la situation familiale exposée au point précédent, que l'autorité préfectorale aurait entaché la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
9. Alors même que l'enfant mineur des époux C est scolarisé en France depuis 2016, où il poursuit une scolarité très satisfaisante et est actuellement inscrit en filière générale et technologique au lycée, il n'est pas démontré qu'il ne pourrait pas poursuivre sa scolarité au Kosovo, pays dont il a la nationalité, où il a débuté sa scolarité et où il a vocation à suivre ses parents. Dans ces conditions, aucun des époux C n'est fondé à soutenir que les décisions prises à leur encontre, leur refusant le droit au séjour et les obligeant à quitter le territoire français, méconnaitraient les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant précitées.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requêtes A et Mme C doivent être rejetées, y compris leurs conclusions à fins d'injonction, ainsi que celles qu'ils présentent sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
11. En outre, aux termes de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat, ou à l'avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire () ".
12. En l'espèce, les conclusions de la requête n° 2401901 correspondent à un litige similaire à celui enregistré au nom de Mme C, l'épouse du requérant, sous le
n° 2401902 et reposant sur les mêmes faits. Dans ces deux instances, les intéressés bénéficient de l'aide juridictionnelle et sont représentés par le même avocat. En conséquence, il y a lieu, conformément aux dispositions ci-dessus rappelées, d'appliquer un abattement de 30% sur le montant de l'aide juridictionnelle correspondant à la requête n° 2401902.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2401901 A C et la requête n° 2401902 de
Mme E, épouse C sont rejetées.
Article 2 : Il est appliqué un abattement de 30% sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Pereira au titre de la requête n° 2401902.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, épouse C, à M. B C, à Me Pereira et au préfet de la Somme.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Thérain, président,
- Mme Rondepierre, première conseillère,
- M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
signé
A. Rondepierre
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Nos 2401901 et 240190
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026