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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401906

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401906

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantJUMEAUX MARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 mai 2024, M. A B, représenté par Me Jumeaux, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence à Laon au DPAR 1 rue des Minimes dans l'arrondissement de Laon pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est disproportionnée en ce qu'il ne pourra pas la respecter dès lors qu'il réside à Saint-Quentin et non à Laon ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnait la liberté d'aller et de venir.

Par des pièces et un mémoire en défense enregistrés les 16 et 17 mai 2024, le préfet de l'Aisne conclut à titre principal au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Wavelet pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 352-4, L. 352-5, L. 352-6, L. 352-8, L. 352-9, L. 614-1 et suivants, L. 732-8, L. 743-20, L. 754-4, L. 754-5, L. 753-7 et suivants, L. 572-4, L. 572-5, L. 572-6, L. 752-5, L. 752-6, L. 752-11 et L. 752-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Wavelet, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 10 avril 1979, est entré sur le territoire français le 30 juin 2022 selon ses déclarations. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de l'Aisne l'a assigné à résidence à Laon au DPAR 1 rue des Minimes dans l'arrondissement de Laon pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. B a sollicité l'aide juridictionnelle. Il y a lieu, en application des dispositions précitées, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de l'Aisne :

4. Il ressort des pièces du dossier que, par un premier arrêté du 14 mai 2024, objet du présent litige, le préfet de l'Aisne a assigné le requérant à résidence à Laon au DPAR 1 rue des Minimes dans l'arrondissement de Laon pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. A la date d'enregistrement de la requête le 17 mai 2024, le préfet de l'Asine a pris un second arrêté par lequel il a modifié les articles 1 et 2 du premier arrêté, en changeant le lieu d'assignation et de pointage. Par suite, dès lors que l'arrêté attaqué a seulement été modifié par le second, le litige conserve son objet et l'exception de non-lieu à statuer doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans délai des motifs des décisions individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques, ou de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les considérations de droit, en l'occurrence le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et les considérations de fait, notamment la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée depuis moins de trois ans pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé. Par suite, la décision portant assignation à résidence est suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré de l'insuffisante motivation manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la décision attaquée méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'assortit cependant ce moyen d'aucune précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En troisième lieu, dès lors que le préfet de l'Aisne a modifié l'arrêté attaqué sur ce point, ce qui n'a pas été contesté par l'intéressé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est disproportionnée en ce qu'il ne pourra pas la respecter en raison de ce qu'il réside à Saint-Quentin et non à Laon.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si M. B soutient que la décision attaquée méconnait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte excessive à sa liberté d'aller et de venir, il n'assortit cependant ces moyens d'aucune précision suffisante ou pièce justificative permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, alors que l'intéressé entré en France en juin 2022, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile et qui ne conteste pas être célibataire sans enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ou à sa liberté d'aller et de venir. Les moyens doivent ainsi être écartés.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de l'Aisne et à Me Jumeaux.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. WAVELET

Le greffier,

Signé

J.-F. LANGLOIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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