lundi 27 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2401932 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | GIARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, M. A B, représenté par Me Giard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 9 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a obligé à se présenter au commissariat de Saint-Quentin deux fois par semaine dans l'attente de son départ ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un document provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de trois jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa situation présente un caractère d'urgence, dès lors que le refus de délivrance d'un titre de séjour, qui met un terme à son séjour en situation régulière, fait obstacle à la poursuite de son contrat d'apprentissage conclu depuis le mois de septembre 2023, à la poursuite de sa formation pour l'année 2024/2025 et compromet de ce fait sa situation financière ;
- l'arrêté attaqué émane d'une autorité incompétente ;
- la décision de refus de titre de séjour a été prise sans examen de sa situation personnelle, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français sont, en conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, entachées d'illégalité ; elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de se présenter au commissariat deux fois par semaine doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu :
- la requête au fond de M. B enregistrée le 8 mai 2024 sous le n°2401829 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 30 novembre 2005, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 11 juin 2022, à l'âge de 16 ans et a sollicité la délivrance, à sa majorité, d'une carte temporaire de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 avril 2024, le préfet de l'Aisne a rejeté la demande de M. B, lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours, a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement, l'a interdit de retour sur le territoire français pendant deux ans et l'a obligé à se présenter deux fois par semaine au commissariat de Saint-Quentin dans le cadre de la préparation de son départ. Par la présente requête, M B demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. En premier lieu, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, il est constant que le requérant est entré en France sans disposer d'un visa valant titre de séjour, et qu'il ne s'est vu délivrer aucun titre de séjour depuis sa majorité. Ainsi, l'arrêté du 9 avril 2024, n'a ni pour objet ni pour effet de refuser de renouveler ou de retirer un titre de séjour. La circonstance, avancée par le requérant, que le refus opposé à sa demande fera obstacle à la poursuite de l'exécution de son contrat d'apprentissage conclu jusqu'au 31 août 2025, à la poursuite de sa préparation du baccalauréat professionnel pour l'année 2024/2025 et à la pérennisation ultérieure de son engagement par son employeur, le plaçant de ce fait en situation de précarité, n'est pas suffisante à caractériser la nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente de la décision juridictionnelle qui statuera sur le recours introduit le 8 mai 2024 à l'encontre de l'arrêté contesté, compte tenu, d'une part, de la date prévisible de cette décision, au regard du délai imparti au juge de l'excès de pouvoir en la matière, d'autre part, de l'absence d'éléments au dossier permettant d'établir la gravité des incidences qui seraient emportées avant cette date sur la situation du requérant ou sur la pérennité de son projet professionnel. Dans ces conditions, M. B ne justifie pas que le refus opposé à sa demande de délivrance d'un titre de séjour par le préfet de l'Aisne caractérise une situation d'urgence au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
5. En deuxième lieu, compte tenu de l'effet suspensif que les dispositions de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile attachent au recours contentieux tendant à l'annulation de l'arrêté litigieux enregistré le 8 mai 2024, M. B n'est pas recevable à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement exprimée par cet arrêté.
6. Enfin, M. B ne fait pas état précisément de conséquences graves et immédiates, de nature à caractériser une situation d'urgence, qui résulteraient pour lui des mesures de présentation au commissariat de Saint Quentin dont il fait l'objet.
7. Il résulte ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative citées au point 2 et de rejeter les conclusions de la requête de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 de ce code, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du même code.
O R D O N N E :
Article1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.
Fait à Amiens, le 27 mai 2024.
Le juge des référés,
Signé :
C. Binand
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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