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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401945

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401945

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens (4ème chambre) a examiné la requête de Mme D, ressortissante congolaise, contestant l’arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Le tribunal a annulé cet arrêté, estimant que le préfet n’avait pas procédé à un réexamen complet de la situation personnelle de l’intéressée après l’annulation d’un précédent arrêté, en méconnaissance des exigences découlant de l’exécution d’un jugement. La solution retenue s’appuie sur les principes généraux du droit administratif relatifs à l’autorité de la chose jugée et à l’obligation de réexamen, sans application spécifique d’un texte particulier mentionné dans les visas.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 mai 2024 et le 30 août 2024, Mme D, représentée par Me Samba Sambeligue, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Somme de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de lui délivrer un titre de séjour et celle portant obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas réexaminé sa situation ni ne l'a interrogée sur sa situation personnelle après l'annulation, par un jugement du 2 février 2024 du tribunal administratif d'Amiens, de l'arrêté du 28 septembre 2023 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français ;

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait son droit d'être entendue découlant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'elle n'a pas pu présenter d'observations avant de se voir notifier la mesure d'éloignement ;

- elle remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est mère d'un enfant français dont elle a la charge et que le père de son enfant s'est engagé à participer à l'entretien et à l'éducation de ce dernier ;

- le préfet n'était pas tenu de prendre une décision portant obligation de quitter le territoire français à son encontre sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait le point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- cette décision méconnait l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'arrêté attaqué ne comporte pas de décision refusant de délivrer à Mme D un titre de séjour, et que les moyens soulevés par cette dernière ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Parisi, conseillère ;

- les observations de Me Samba Sambeligue, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République du Congo née le 1er décembre 1983 est entrée sur le territoire français le 13 août 2021 selon ses déclarations. Le 4 mai 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par un arrêté du 28 septembre 2023, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de la mesure d'éloignement. Par un jugement n° 2303688 du 2 février 2024, le tribunal administratif a annulé l'arrêté du 28 septembre 2023 en tant qu'il porte obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois. Par un arrêté du 17 avril 2024, dont Mme D demande l'annulation, le préfet de la Somme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Mme D, représentée par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle compétent et n'a pas joint à sa requête une telle demande. Aucune urgence ne justifie que soit prononcée, en application des dispositions précitées, son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Par le jugement n° 2303688 du 2 février 2024, le tribunal a, d'une part, annulé l'arrêté du 28 septembre 2023 du préfet de la Somme seulement en tant qu'il portait obligation à Mme D de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixait le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et, d'autre part, enjoint au préfet de la Somme de réexaminer la situation de l'intéressée dans un délai de deux mois. Il ressort des pièces du dossier que, dans le cadre de ce réexamen, le préfet de la Somme a, par l'arrêté du 17 avril 2024 litigieux, édicté une nouvelle obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'intéressée sans se prononcer à nouveau sur l'admission au séjour de cette dernière. A ce titre, le dépôt par Mme D de nouvelles pièces en préfecture concernant sa situation personnelle dans le cadre du réexamen de sa situation enjoint par le jugement précité du 2 février 2024 ne constitue pas, contrairement à ce qu'elle soutient, une nouvelle demande de titre de séjour sur laquelle le préfet se serait implicitement prononcée. Dans ces conditions, et ainsi que le soutient le préfet en défense, les conclusions de la requérante tendant à l'annulation d'une décision portant refus de titre de séjour sont dirigées contre une décision inexistante et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à M. Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer notamment toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En particulier, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

7. L'arrêté 17 avril 2024 mentionne les articles applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que, au demeurant, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et développe les motifs de fait qui fondent chacune des décisions attaquées. A cet égard, le préfet de la Somme, après avoir rappelé que le tribunal administratif d'Amiens a, par un jugement du 2 février 2024, annulé partiellement son précédent arrêté du 28 septembre 2023, a mentionné les éléments concernant la situation personnelle de l'intéressée et, au visa du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a mentionné les éléments nouveaux que l'intéressée a apporté dans le cadre du réexamen de sa demande, indiqué qu'elle est en situation irrégulière, qu'elle ne justifie d'aucune intégration particulière en France et qu'elle n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français doit être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, ainsi qu'il l'a été rappelé au point précédent du présent jugement, que le préfet a pris en compte les nouveaux éléments produits par Mme D après la notification du jugement du 2 février 2024, et notamment l'avis d'imposition sur les revenus de 2022, un récépissé de transfert d'argent en date du 27 février 2024 et une attestation du père de son enfant s'engageant à contribuer à son entretien à hauteur de 80 euros par mois à compter du mois de février 2024. Par suite, et alors que le préfet n'était pas tenu, pour l'exécution du jugement du 2 février 2024 précité, de prendre une nouvelle décision concernant le droit au séjour de la requérante, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'a pas examiné sa situation personnelle avant d'édicter l'arrêté litigieux. Un tel moyen doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective.

10. Mme D soutient qu'elle n'a pas été en mesure, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, de présenter ses observations sur une éventuelle mesure d'éloignement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a été avisée du réexamen de sa situation par l'administration dans le cadre de l'exécution du jugement n° 2303688 rendu le 2 février 2024 par le tribunal administratif d'Amiens et qu'elle a, dans le cadre de ce réexamen, transmis aux services de la préfecture de la Somme de nouvelles pièces concernant sa situation personnelle, ainsi qu'il l'a été dit au point 8 du présent jugement. En tout état de cause, l'intéressée ne justifie d'aucune information relative à sa situation personnelle qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance de l'administration avant l'édiction de l'arrêté attaqué et qui, si elle avait pu être communiquée à temps, aurait été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D aurait été privée de son droit d'être entendue doit être écarté.

11. En cinquième lieu, Mme D soutient qu'elle ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'elle se trouve dans la situation prévue par les dispositions combinées des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans laquelle la loi prescrit qu'elle doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour.

12. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Et l'article L. 423-8 du même code ajoute que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

13. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 28 septembre 2023, le préfet de la Somme a refusé de délivrer à Mme D un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que, par son jugement du 2 février 2024, devenu définitif, le tribunal administratif d'Amiens a rejeté les conclusions tendant à l'annulation de cette décision de refus de séjour au motif que M. B, père de l'enfant, ne contribue ni à son éducation ni à son entretien et que la décision litigieuse ne porte atteinte ni au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme D, ni à l'intérêt supérieur de son enfant. A l'appui de la présente requête, Mme D, pour justifier de la contribution effective du père de son enfant à son entretien et à son éducation, produit une attestation de ce dernier s'engageant à contribuer à l'entretien de son enfant à hauteur de 80 euros par mois à compter du mois de février 2024 et se prévaut de la circonstance qu'elle a déposé une requête devant le juge des affaires familiales du tribunal judiciaire d'Amiens " aux fins de déterminer les droits et obligation de chaque parent ". Toutefois, et alors qu'il n'est fait état d'aucune décision juge des affaires familiales intervenue à la date du présent jugement, ces seuls éléments ne suffisent pas à justifier de la réalité et de la durée de la contribution de M. B depuis au moins deux ans, ni de l'existence de liens stables et anciens entre cet enfant et son père à la date de l'arrêté du 17 avril 2024. Par ailleurs, si Mme D produit des pièces relatives à son engagement bénévole depuis le 5 décembre 2023, une telle circonstance ne suffit pas à établir l'existence de liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire français, eu égard notamment au caractère récent de son arrivée en France à la date de la décision d'éloignement attaquée et alors au demeurant que l'intéressée n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 37 ans au moins.

14. Il suit de là, et alors que le séjour en situation irrégulière de Mme D, qui n'emporte pas par lui-même éclatement de la cellule familiale telle qu'elle est constituée autour de son fils à la date de l'arrêté attaqué, ne porte atteinte ni au droit au respect de sa vie privée et familiale, ni à l'intérêt supérieur de son enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans les circonstances de l'espèce, la requérante pourrait prétendre à la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D tirerait des dispositions qu'elle invoque un droit au séjour faisant obstacle à la mesure d'éloignement du territoire français prononcée par l'arrêté contesté doit être écarté.

15. En sixième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Somme se soit cru en situation de compétence liée pour édicter à l'encontre de Mme D la décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse. Par suite, un tel moyen doit être écarté.

16. En septième lieu, aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

17. Si Mme D se prévaut de la circonstance que M. B, ressortissant français, a reconnu son fils dès la naissance et qu'il s'est engagé à subvenir à son entretien à compter du mois de février 2024, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il l'a été dit au point 13 du présent jugement, que le père de son enfant entretiendrait des liens d'une particulière intensité avec ce dernier, à l'entretien et à l'éducation duquel il ne justifie pas avoir contribué auparavant ainsi qu'il a été dit. Par ailleurs, la mesure d'éloignement dont Mme D fait l'objet n'a pas pour effet de la séparer de son enfant. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

19. Dans les circonstances de l'espèce déjà exposées, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de Mme D, et alors que, contrairement à ce qu'elle soutient la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet n'a pas pour effet de la séparer de son enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. En dernier lieu, il résulte des quinze points qui précèdent que Mme D n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale à raison de l'illégalité de cette décision. Un tel moyen doit par conséquent être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme D doit être rejetée dans toutes ses conclusions, en ce compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de la Somme et à Me Samba Sambeligue.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme A et Mme Parisi, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

J. PARISI

Le président,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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