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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401979

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401979

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401979
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, M. B A, représenté par Me Sorriaux, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 24 avril 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a mis fin à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance à compter du 29 mai 2024 ;

3°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de l'Oise de réexaminer sa situation en lui proposant notamment un accompagnement comportant l'accès à un logement et une prise en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires dans un délai de huit jours à compter de la date de notification de la présente ordonnance.

Il soutient que :

- il ne dispose plus d'hébergement et est dépourvu d'emploi et de ressources, ce qui établit une situation d'urgence ;

- l'autorité administrative a porté une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, dès lors qu'elle a mis fin à sa prise en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance sur le fondement du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles à raison de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, alors qu'il pouvait faire l'objet d'une prise en charge à titre temporaire sur le fondement de l'avant-dernier alinéa du même article et que, ne bénéficiant d'aucune ressource non plus que d'aucun soutien familial, il sera privé de logement et ne pourra prendre en charge ses besoins alimentaires et sanitaires, tandis qu'il justifie d'une intégration scolaire et professionnelle et qu'il souffre de troubles psychiatriques pouvant être pris en charge sur le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Thérain, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. D'une part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans le délai de quarante-huit heures ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

2. D'autre part, aux termes de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article et à l'exclusion de ceux faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Selon l'avant dernier-alinéa du même article : " Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants ".

3. Une carence caractérisée dans l'accomplissement par le président du conseil départemental des missions fixées par les dispositions rappelées aux points précédents, notamment dans les modalités de prise en charge des besoins du mineur ou du jeune majeur relevant de l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'elle entraîne des conséquences graves pour l'intéressé, est de nature à porter une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, ressortissant guinéen né le 1er avril 2005, fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français devenue définitive et ne peut plus légalement être pris en charge au titre de l'aide sociale sur le fondement du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, alors qu'il appartient au demeurant à l'intéressé de regagner désormais son pays d'origine. Si, d'une part, l'avant dernier-alinéa de ce même article prévoit qu'un majeur âgé de moins de vingt et un ans ne bénéficiant pas de ressource ou d'un soutien familial suffisants peut néanmoins être pris en charge à titre temporaire par le service de l'aide sociale à l'enfance, cette disposition n'établit aucune obligation à la charge du département. D'autre part, si M. A, qui demande au demeurant au juge des référés la prescription de mesures ne relevant pas d'une prise en charge temporaire, soutient que, ne bénéficiant d'aucune ressource non plus d'aucun soutien familial, il sera privé du bénéfice d'un logement et d'une prise en charge de ses besoins alimentaires et sanitaires au titre de l'aide sociale à l'enfance, ces circonstances sont au nombre des conséquences normales de la cessation de cette prise en charge et de la situation dans laquelle il s'est lui-même placé en se soustrayant à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Dans ces conditions, alors même que M. A se prévaut d'une intégration scolaire et professionnelle et de troubles psychiatriques pouvant être pris en charge sur le territoire français, il est manifeste que l'autorité administrative n'a commis aucune carence caractérisée dans l'accomplissement de ses missions rappelées au point 2.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de suspension et d'injonction de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doivent être rejetées selon la procédure prévue à son article L. 522-3. Il résulte en outre de ce qui précède que ces conclusions sont manifestement dénuées de fondement au sens et pour l'application de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et qu'il n'y a pas lieu d'admettre l'intéressé au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au département de l'Oise et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire d'Amiens.

Fait à Amiens, le 23 mai 2024.

Le juge des référés,

Signé

S. Thérain

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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