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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401993

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401993

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401993
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSORRIAUX JONATHAN

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée sous le n°2401993 le 23 mai 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 28 mai 2024, M. B A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il ne relève pas des dispositions de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux membres de la famille d'un ressortissant de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que la préfète de l'Oise a estimé qu'il y a eu une fraude dans la demande de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- le risque de fuite sur lequel elle repose n'est pas établi ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour et de celle l'obligeant à quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

II. Par une requête, enregistrée sous le n°2401994 le 23 mai 2024, M. B A, représenté par Me Sorriaux, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Il soutient que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il est fondé sur une décision l'obligeant à quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 mai 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fumagalli, conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, M. A étant descendant direct âgé de moins de vingt-et-un an d'un citoyen de l'Union européenne, la préfète de l'Oise ne pouvait se fonder sur les dispositions de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obliger l'intéressé à quitter le territoire français, qui sont inapplicables,

- et les observations de Me Sorriaux, représentant M. A, présent, qui en réponse au moyen d'ordre public soulevé à l'audience, renonce au moyen tiré de l'erreur de droit par la méconnaissance de l'article L.200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui conclut aux mêmes fins.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 5 janvier 2005, est être entré en France le

2 décembre 2020 selon ses déclarations, muni d'un visa délivré par les autorités consulaires italiennes à Dakar. M. A a été confié à l'aide sociale à l'enfance puis a sollicité le 21 novembre 2022 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 22 mars 2024, notifié le 21 mai 2024, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du

22 mars 2024, notifié le 21 mai 2024, la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. A demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.

2. Les requêtes susvisées présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre à titre provisoire M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

5. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français dont il pourrait être saisi, ainsi que des conclusions à fin d'injonction sous astreinte et de celles relatives aux frais du litige. En revanche, il n'appartient pas au juge désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour.

6. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. A, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte qui leur sont accessoires.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

7. D'une part, aux termes de l'article L.200-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le présent livre détermine les règles applicables à l'entrée, au séjour et à l'éloignement : () 3° Des membres de famille des citoyens de l'Union européenne et des étrangers qui leur sont assimilés, tels que définis à l'article L. 200-4 () ". Aux termes de l'article L.200-4 du même code : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : () 2° Descendant direct âgé de moins de vingt-et-un ans du citoyen de l'Union européenne () ".

8. Aux termes de l'article L.251-1 du même code : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L.233-2 ou L. 233-3 ;2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L.253-1 du même code : " Outre les dispositions du présent titre, sont également applicables aux étrangers dont la situation est régie par le présent livre les dispositions de l'article L. 611-3, du second alinéa de l'article L. 613-3, de la première phrase de l'article L. 613-6, du chapitre IV du titre I du livre VI à l'exception de celles de l'article L. 614-5, et des articles L. 631-1 à L. 631-4, L. 632-1 à L. 632-7 et L. 641-1 à L. 641-3. "

9. D'autre part, aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le fils de M. A C, né le 18 juillet 1964, ressortissant italien depuis 2017 et résidant à Turin. Le requérant, descendant direct de ressortissant de l'Union européenne, est âgé de moins de vingt-et-un an à la date de l'arrêté. Il entrait donc dans le champ d'application des dispositions du 2° de l'article L.200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne. Or, en l'espèce, la préfète a fondé la décision portant obligation de quitter le territoire français sur l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui est également cité dans ses écritures, en lieu et place de l'article L.251-1 du même code. La décision attaquée a donc méconnu le champ d'application de la loi et doit être annulée, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les moyens de la requête.

11. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, les décisions refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, interdisant le retour sur le territoire français et l'arrêté portant assignation à résidence doivent être annulés par voie de conséquence.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête no 2401993 tendant à l'annulation de la décision du

22 mars 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais non compris dans les dépens qui en sont l'accessoire sont renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.

Article 3 : Les décisions de la préfète de l'Oise du 22 mars 2024 obligeant M. A à quitter le territoire français, lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement, lui interdisant le retour sur le territoire français et l'arrêté du même jour l'assignant à résidence sont annulés.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Oise.

Copie sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

E. FUMAGALLILa greffière,

signé

S. CHATELLAIN

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2401993 et 2401994

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