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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2401996

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2401996

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2401996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL DETREZ-CAMBRAI AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mai 2024, M. I F, représenté par Me Detrez-Cambrai, demande au juge des référés :

1°) de mettre fin, en application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, à la suspension, prononcée par son ordonnance n°2303170, de l'exécution de l'arrêté n° PC 80 649 23 M0009 du 11 juillet 2023 par lequel le maire de la commune de Quend a accordé un permis de construire une maison individuelle ;

2°) de mettre à la charge de M. et Mme C ainsi que M. et Mme E H une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que le permis de construire modificatif délivré le 3 mai 2024 a permis de lever les vices entachant le permis initial au regard des prescriptions de l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme s'agissant de la distance d'implantation de la construction par rapport à la voie publique, en accordant une adaptation mineure à la règle d'implantation que ces dispositions prévoient.

Par un mémoire enregistré le 9 juin 2024, M. et Mme C et M. et Mme E H, représentés par Me Deldique, concluent au rejet de la requête et à ce que le versement d'une somme de 3 000 euros soit mis à la charge de la commune de Quend et de M. F.

Ils font valoir que la modification apportée au projet, par l'adjonction d'un " carport " qui ne peut être regardé comme une partie de la façade, n'a pas pour effet de régulariser le manquement aux prescriptions de l'article UC 6 du règlement écrit du plan local d'urbanisme ; le projet ne peut être autorisé moyennant une adaptation mineure en application de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme alors que le pignon de la construction est en retrait de 2,5 mètres par rapport à la bande d'implantation autorisée de la façade sur rue et qu'aucune considération tenant à la nature du sol, à la configuration des lieux ou au caractère des constructions avoisinantes ne le justifie.

Par un mémoire enregistré le 10 juin 2024, la commune de Quend, représentée par Me Godart, conclut à ce que le juge des référés mette fin aux mesures de suspension qu'il a prononcées par son ordonnance n°2303170.

Elle soutient que, compte tenu du permis de construire modificatif qui a été délivré, il n'existe plus de doute sérieux sur la légalité de l'arrêté du 11 juillet 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 2303170 du juge des référés du tribunal administratif d'Amiens en date du 25 octobre 2023 ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2303082.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 10 juin 2024 à 15 heures 15, en présence de Mme Grare, greffière d'audience, entendu :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Detrez-Cambrai, représentant M. F qui reprend les moyens et arguments exposés dans la requête en insistant sur ce que :

- la délivrance d'un permis de construire modificatif constitue un élément nouveau justifiant la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ;

- le " carport " comporte des parois pleines et est implanté en continuité de la façade ; le retrait de deux mètres par rapport à la bande d'implantation subsistant seulement sur une petite partie de la façade présente le caractère d'une adaptation mineure justifiée par la configuration du terrain ;

- les observations Me Guilbaud substituant Me Bodart pour la commune de Quend, qui insiste sur ce que l'adaptation mineure aux règles d'implantation est nécessaire compte tenu de la déclivité du terrain et du respect de la continuité de l'alignement ;

- et les observations Me Giorno pour M. et Mme C et M. et Mme E H qui insiste sur l'impossibilité de toute autre implantation au regard de la forte déclivité du terrain d'assiette.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h00.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance n° 2303170 du 25 octobre 2023, le juge des référés du tribunal administratif d'Amiens a prononcé la suspension de l'exécution de l'arrêté du 11 juillet 2023 accordant à M. F un permis de construire une maison individuelle à usage d'habitation à Quend, après avoir estimé que le moyen tiré de ce que le projet méconnaissait l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune était de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté. Par la présente requête présentée sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, M. F demande qu'il soit mis fin à la mesure de suspension en se prévalant de la délivrance d'un permis de construire modificatif par arrêté du 3 mai 2024 du maire de Quend.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-4 du code de justice administrative : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".

3. Lorsque le juge des référés a ordonné la suspension de l'exécution d'un permis de construire sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative en relevant l'existence d'un ou plusieurs vices propres à créer un doute sérieux quant à sa légalité et qu'il est ensuite saisi d'une demande tendant à ce qu'il soit mis fin aux effets de cette suspension dans le cadre de la procédure régie par l'article L. 521-4 du même code, au motif qu'un permis modificatif ou une mesure de régularisation, produit dans le cadre de cette nouvelle instance, régularise le ou les vices précédemment relevés, il appartient à ce juge, pour apprécier s'il est possible de lever la suspension du permis ainsi modifié, après avoir mis en cause le requérant ayant initialement saisi le juge du référé suspension, de tenir compte, d'une part, de la portée du permis modificatif ou de la mesure de régularisation sur les vices précédemment relevés et, d'autre part, des vices allégués ou d'ordre public dont le permis modificatif ou la mesure de régularisation serait entaché et qui seraient de nature à y faire obstacle.

4. D'une part, l'article UC 6 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Quend dispose qu'en secteur UCa, où il est constant que la construction projetée est située, la façade sur rue des constructions principales qui ne sont pas l'extension ou l'aménagement d'une construction existante, doit être implantée en retrait " avec un recul compris entre 3 mètres et 7 mètres par rapport à la limite séparative sur rue ou de la limite qui s'y substitue ", et ce en assurant la continuité visuelle sur la rue.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; / () ".

6. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 3 mai 2024, le maire de Quend a délivré à M. F un permis modificatif prévoyant l'implantation d'un " carport " en prolongement de la terrasse suspendue accolée à la maison à usage d'habitation autorisée par l'arrêté n° PC 80 649 23 M0009 du 11 juillet 2023, dont l'exécution a été suspendue par le juge des référés au motif que le moyen tiré de ce que le projet méconnaissait l'article UC 6 du plan local d'urbanisme était de nature à faire naître un doute sérieux. Toutefois, s'il ressort du plan de masse joint au dossier de permis modificatif, que l'extrémité de ce " carport " sera bien implantée à une distance comprise entre 3 et 7 mètres de la voie publique au droit de laquelle il est situé, il ressort de l'examen des plans et documents photographiques produits que cette construction ne comporte aucune paroi pleine ou munie d'une ouverture faisant face à cette voie, pouvant être regardée, en l'état de l'instruction, comme une façade sur rue au sens et pour l'application des dispositions rappelées de l'article UC 6. Par ailleurs, la circonstance que le maire de Quend a décidé, par son arrêté du 3 mai 2024, de faire application des dispositions de l'article L. 152-3 du code d'urbanisme au motif de la présence d'un talus sur une partie de la bande d'implantation prévue par l'article UC 6 et d'un souci de continuité d'alignement par rapport aux constructions avoisinantes, n'est pas de nature, en tout état de cause, à régulariser le vice allégué dès lors que, même sans prendre en compte la partie située derrière l'avancée du " carport ", la façade sur rue de la construction demeure implantée sur une longueur d'au moins 5 mètres en recul de plus de 2 mètres par rapport à la distance maximale autorisée, ce qui ne peut être manifestement regardé, en l'état de l'instruction, comme une adaptation mineure aux prescriptions de cet article du plan local d'urbanisme.

7. Il résulte de ce qui précède que, en l'état de l'instruction, il n'y a pas lieu de mettre fin à la mesure de suspension ordonnée par l'ordonnance n° 2303170 du tribunal administratif d'Amiens en date du 25 octobre 2023.

Sur les frais de l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que M. F demande sur leur fondement soit mise à la charge de M. et Mme C et de M. et Mme E H, qui ne sont pas les parties perdantes. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Quend et de M. F la somme que M. et Mme C et M. et Mme E H, demandent au titre des mêmes dispositions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. et Mme C et M. et Mme E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I F, à la commune de Quend, à M. et Mme A et B C, et à M. D et Mme G E H.

Fait à Amiens, le 25 juin 2024,

Le juge des référés

SIGNE :

C. BinandLa greffière,

SIGNE :

S. Grare

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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