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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402004

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402004

lundi 7 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU4
Avocat requérantOHAYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 17 mai 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif le 22 mai 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête, enregistrée initialement le 16 février 2024 par laquelle M. B A, représenté par Me Ohayon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 14 février 2024 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure :

- ces arrêtés sont entachés d'erreurs de fait s'agissant de sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée :

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dans son principe et son quantum, au regard des dispositions des articles L .612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, magistrat désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 23 novembre 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 février 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ainsi que l'arrêté du même jour par lequel cette autorité l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

2. En premier lieu, M. A soutient que le préfet de police a inexactement apprécié sa situation en estimant qu'il était célibataire et sans domicile fixe, alors qu'il entretient une relation maritale avec une ressortissante française et que le couple attend un enfant, et produit au soutien de ses allégations d'une part, l'attestation d'une ressortissante française, établie le 16 février 2024, faisant état d'une relation remontant seulement au mois d'octobre 2023, de fiançailles célébrées au début de l'année et d'une grossesse dont le terme serait prévu en septembre 2024, ce qui n'est toutefois étayé par aucun document médical, d'autre part l'attestation de co-titularité d'un contrat de fourniture d'énergie électrique datée du 16 février 2024, mentionnant qu'elle est établie sur une base déclarative et ne renseignant pas sur l'antériorité de ce contrat. Ainsi, ces documents ne permettent pas d'établir, à tout le moins, la stabilité des attaches du requérant avec la France à la date des arrêtés attaqués, alors, au contraire, qu'il ressort des pièces du dossier que, lors de son audition effectuée le 14 février 2024 en zone aéroportuaire pour s'être soustrait au refus d'entrée en France dont il faisait l'objet depuis le 7 février 2024 alors qu'il était en transit envers la Roumanie, M. A a déclaré être domicilié au Maroc et n'a aucunement fait état d'une telle relation maritale, en se bornant à alléguer de la présence en France de sa mère et de collatéraux et à faire état de la finalité professionnelle poursuivie par son séjour Par suite, le moyen tiré l'inexactitude des faits sur lesquels le préfet de Police s'est fondé pour examiner la situation personnelle et familiale de M. A doit être écarté.

3. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit s'agissant de l'absence de stabilité des attaches personnelles et familiales de M. A en France, où il est de surcroît entré très récemment, le préfet de police de Paris, en faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à l'intéressé n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché ces décisions d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle du requérant. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté du 14 février 2024 que, pour décider d'interdire M. A de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, en lui faisant application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il a visé, le préfet de police de Paris s'est fondé sur l'entrée récente de l'intéressé en France, sur la nature des attaches dont il dispose sur le territoire français et a pris en considération les circonstances qu'il n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que son comportement ne troublait pas l'ordre public. Le préfet de police a ainsi suffisamment exposé, comme il le lui incombe, l'appréciation qu'il a portée sur chacun des critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 de ce code. Par ailleurs, en se bornant à soutenir qu'il serait susceptible de bénéficier d'une mesure de régularisation et à se prévaloir de ses attaches familiales, dont la stabilité n'est pas établie comme ainsi qu'il a été dit, M. A ne justifie d'aucune circonstance humanitaire qui serait de nature à justifier que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

5. Enfin, ainsi qu'il a été dit, la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai n'est entachée d'aucune des illégalités invoquées par le requérant. Il s'ensuit que l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois, doit être écartée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 7 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. BINAND

Le greffier,

Signé

N. VERJOT La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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