lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402020 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | HOMEHR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 24 mai, 19 et 27 juin 2024, Mme A C E, représentée Me Homehr, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Colombie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
- la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
En ce qui concerne la légalité de la décision lui refusant un titre de séjour :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée en s'abstenant d'examiner si elle pouvait prétendre à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle est présente depuis deux ans en France où elle est intégrée, dont elle maîtrise la langue, et qu'elle vit avec un ressortissant français avec lequel elle est pacsée ;
En ce qui concerne la légalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle aurait pour effet de la séparer de son compagnon et porterait ainsi une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle risque de subir des traitements inhumains et dégradants compte tenu, d'une part, du statut de personne à risque extraordinaire de son père qui a été menacé et, d'autre part, de sa profession d'avocate.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Le Gars, rapporteur,
- let es observations de Me Homehr, assistant Mme C E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C E, ressortissante colombienne née le 5 août 1994, déclare être entrée sur le territoire français le 19 janvier 2022 sous couvert d'un visa C de court séjour. Elle s'est vue délivrer un titre de séjour mention " jeune au pair " valable du 11 janvier 2023 au 10 janvier 2024. Elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la Colombie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Aisne, le préfet de ce département a donné délégation à M. B D, directeur de cabinet et signataire de l'arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Ngouoto, secrétaire général de la préfecture de l'Aisne, dont il n'est ni soutenu ni allégué qu'il n'était pas effectivement absent ou empêché à la date de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Aisne, à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.
3. En second lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à
Mme C E vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation personnelle et professionnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant Mme C E à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, la décision accordant à Mme C E le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en l'absence de demande par l'intéressé d'un délai plus long que celui de droit commun. Enfin, en relevant que Mme C E est une ressortissante colombienne et en fixant en conséquence la Colombie comme pays de renvoi, le préfet ne peut être regardé comme ayant méconnu l'obligation de motivation de cette décision, qui est dépourvue de toute ambiguïté sur les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et ne prive dès lors pas la requérante des garanties que l'exigence de motivation vise à lui apporter. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C a formulé une demande d'admission exceptionnelle au séjour et que l'arrêté attaqué vise les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du même code et précise les éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressée que le préfet a pris en considération pour le prendre. En outre, le préfet de l'Aisne doit être regardé comme soutenant que sa décision s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code précité. Dans ces conditions, Mme C E n'est pas fondée à soutenir que le préfet se serait abstenu d'examiner, ce qu'il n'était au demeurant pas tenu de faire, si elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code précité et aurait ainsi entaché la décision attaquée d'une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C E est présente sur le territoire français depuis le 19 janvier 2022. Si elle se prévaut notamment de sa maîtrise de la langue française et de sa relation avec un ressortissant française avec lequel elle a conclu un pacte civil de solidarité le 10 novembre 2023 et établit une communauté de vie depuis le mois de juillet 2023, cette relation présente un caractère particulièrement récent. Par ailleurs,
Mme C E, sans emploi, ne justifie pas être insérée professionnellement en France. Enfin, l'intéressée, qui n'établit pas détenir d'autres attaches personnelle ou familiale sur le territoire français, n'établit pas en être dépourvue en Colombie, où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée de sa présence en France et au caractère très récent de sa relation de couple et de leur communauté de vie, Mme C E n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de l'Aisne a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".
9. Si Mme C E fait valoir sa présence sur le territoire français depuis le 19 janvier 2022, sa maîtrise de la langue française, ainsi que sa relation de couple avec un ressortissant français avec lequel elle s'est pacsée le 10 novembre 2023 et établit une communauté de vie depuis le mois de juillet 2023, ces circonstances ne sont pas de nature à constituer, par elles-mêmes, des motifs exceptionnels, ni davantage des considérations humanitaires, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C E n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, et alors que l'intéressée ne justifie pas être dépourvue d'attaches en Colombie où elle a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de vingt-sept ans, la décision attaquée n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la légalité de la décision fixant la Colombie comme pays de destination :
12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C E n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant la Colombie comme pays de destination serait illégale compte tenu de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
13. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
14. D'une part, si Mme C E soutient craindre des traitements inhumains et dégradants en Colombie à raison des menaces dont fait l'objet son père, placé sous le statut de personne à risque extraordinaire, elle n'apporte toutefois aucun élément de nature à démontrer que les autorités colombiennes seraient dans l'incapacité de la protéger des risques allégués. D'autre part, si Mme C E fait valoir ne plus pouvoir exercer son activité d'avocate en Colombie sans risquer des menaces de mort, ni les extraits du rapport de l'observatoire des avocats du 24 janvier 2022 dont se prévaut l'intéressée ni aucune autre pièce du dossier ne permettent pas d'établir la réalité et l'actualité de telles menaces ni qu'elle y encourrait personnellement et directement des risques de subir des traitements inhumains et dégradants, de sorte que rien ne s'oppose à ce qu'elle retourne dans son pays d'origine. Par suite, Mme C E n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées par Mme C E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C E et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :
M. Thérain, président,
Mme Rondepierre, première conseillère,
M. Le Gars, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
V. Le Gars
Le président,
signé
S. Thérain
La greffière,
signé
S. Chatellain
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026