lundi 30 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. A, représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté est insuffisamment motivé, s'agissant en particulier de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles du 1 de l'article 3 de la convention de New-York ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Fass, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant nigérian né le 5 janvier 1978 est entré sur le territoire français le 9 novembre 2022, selon ses déclarations. Par un arrêté du 24 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de l'Aisne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français avant l'expiration d'un délai de deux ans.
Sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation :
2. L'arrêté attaqué cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, ainsi que, au demeurant, ceux de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant que l'autorité préfectorale a également pris en considération, et développe les motifs retenus au soutien des décisions en litige. Cet arrêté indique notamment que M. A a sollicité le 22 février 2023 la reconnaissance du statut de réfugié auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides qui a rejeté sa demande le 26 juin 2023 puis a présenté un recours à l'encontre de cette décision auprès de la Cour nationale du droit d'asile, qui a rejeté sa demande le 15 février 2024, et fait état des éléments propres à la situation familiale et personnelle de M. A à partir desquels l'autorité préfectorale a forgé son appréciation pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, lui faire obligation de quitter le territoire français sous un délai de trente jours et fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement. En outre, pour prononcer à l'encontre de M. A une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet de l'Aisne a indiqué, en se référant explicitement à chacun des quatre critères mentionnés par les dispositions de L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a citées, le caractère récent de l'arrivée de l'intéressé sur le territoire français, l'absence de toute intégration et de liens effectifs personnels en France, la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que son comportement ne représente pas une menace pour l'ordre public.
3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient, de sorte que M. A a pu en connaître les motifs. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué, qui, contrairement à ce que soutient le requérant, n'est pas rédigé de façon stéréotypée et n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à sa situation, doit être écarté comme manquant en fait.
Sur les autres moyens :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Pour refuser le séjour à M. A, qui fait valoir qu'il est père de trois enfants scolarisés sur le territoire français, le préfet de l'Aisne s'est fondé sur les circonstances, d'une part, que rien ne s'oppose à ce que ses enfants poursuivent leur scolarité au Nigéria compte tenu de leurs jeunes âges, et, d'autre part, que le requérant ne justifie pas d'une insertion particulière au sein de la société française. M. A, qui est arrivé récemment en France, ne justifie par aucune pièce d'une intégration ancienne, intense et stable dans la société française et ne démontre également aucun obstacle sérieux à la poursuite de sa vie privée et familiale au Nigéria. Les circonstances qu'il soit bénévole au sein d'associations ainsi que sa volonté de s'insérer professionnellement, ne peuvent suffirent à elles seules à caractériser son insertion suffisante sur le territoire français, ce alors que l'intéressé, qui se maintient de façon irrégulière sur le territoire français avec sa compagne, laquelle a vu, comme lui, sa demande d'asile rejetée et ne justifie disposer d'aucun droit au séjour, n'établit ni même n'allègue qu'il existerait un obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Nigeria, pays dans lequel il a d'ailleurs vécu jusqu'à l'âge de quarante-quatre ans au moins. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, ainsi qu'il a été dit, serait exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, alors en outre, que les allégations qu'il exprime sur ce point sont dépourvues du moindre caractère circonstancié. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en prenant l'arrêté litigieux, le préfet de l'Aisne n'aurait pas accordé une importance primordiale à l'intérêt supérieur des trois enfants mineurs de M. A, dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que leur scolarisation ne pourrait se poursuivre au Nigéria, et d'autre part, qu'aucun élément produit au dossier ne fait état d'un obstacle au maintien, dans ce pays, du suivi médical dont bénéficie l'un de ses enfants pour des lésions d'otites chroniques et d'un cholestéatome à l'oreille gauche, qui a été opéré avec succès ainsi que le relève le certificat médical en date du 17 mars 2021 selon lequel " à l'otoscopie le tympan est parfait ". Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de la convention internationale relative aux droits de l'enfant rappelées au point précédent.
9. En quatrième lieu et pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5, 6 et 8, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cet arrêté sur la situation personnelle de M. A doit être écarté, ainsi, à le supposer soulevé, que celui tiré de l'erreur d'appréciation dont la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans serait entachée, dans son principe et sa durée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de l'Aisne et à Me Tourbier.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Binand, président,
Mme B et Mme Fass, conseillères,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.
Le président,
Signé
C. BINAND
La rapporteure,
Signé
L. FASS Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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