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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402048

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402048

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantJUMEAUX MARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mai 2024, M. A B, représenté par

Me Jumeaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, assortie d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente de ce réexamen.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, dès lors que sa dernière condamnation date de 2014, de telle sorte que l'arrêté attaqué méconnait la présomption d'innocence garantie par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- l'arrêté attaqué méconnait l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable à la date de présentation de sa demande de renouvellement, dès lors qu'il réside régulièrement sur le territoire français depuis plus de vingt ans ;

- il méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis 2003, qu'il dispose d'attaches sur le territoire français, dès lors qu'il a été hébergé chez sa sœur, laquelle est de nationalité française, jusqu'à l'âge de 18 ans, puis chez sa belle-sœur et son frère ainé et qu'il vit actuellement en concubinage depuis plus d'un an, qu'il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée au sein de la société AKB Fibre depuis le 3 avril 2023, en qualité de technicien fibre optique, et que seuls ses parents résident au Maroc ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il réside sur le territoire français depuis plus de 20 ans où il dispose d'attaches personnelles et familiales, que sa dernière condamnation pénale date de 2014, de telle sorte qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 19 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Thérain, vice-président.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain, né le 3 février 1990, déclare être entré sur le territoire français en 2002. En novembre 2023, il a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 avril 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de l'Aisne a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté, a fixé le Maroc comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, assortie d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen

2. En premier lieu, si M. B soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que celui-ci vise les dispositions législatives et réglementaires dont il fait application et relève, contrairement à ce qui est soutenu, de manière suffisamment circonstanciée, les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, et notamment sa situation professionnelle, que l'autorité préfectorale a pris en considération. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé. Il en va de même du moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle, fondé sur les mêmes considérations.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M B a fait l'objet de plusieurs condamnations pour des faits de circulation avec un véhicule sans assurance, ainsi que d'acquisition, de détention, transport et offre ou cession de stupéfiants non autorisés entre 2011 et 2014, puis a commis des faits similaires en 2020 et 2023, dont la matérialité n'est par ailleurs pas sérieusement contestée, et qui ont justifié, pour ces derniers, sa mise en examen. En outre, l'intéressé ne peut utilement soutenir que l'arrêté attaqué méconnait la présomption d'innocence garantie par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, dès lors que l'arrêté qu'il conteste ne revêt pas le caractère d'une sanction pénale ou d'une mesure répressive. Dans ces conditions, le préfet a légalement pu considérer que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M B, qui n'a régularisé sa situation qu'en 2010 alors qu'il déclare être entré sur le territoire français en 2002, est célibataire et sans enfant, que sa vie commune avec une ressortissante française n'est pas démontrée, et que les seules attestations et photocopies de la carte d'identité des personnes qu'il présente comme étant des membres de sa famille ne suffisent pas à justifier des liens personnels et familiaux qu'il invoque sur le territoire français. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine alors qu'il a déclaré que ses parents résident toujours au Maroc. Enfin, sa présence représente une menace à l'ordre public ainsi qu'il a été dit au point 3. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a porté aucune atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a méconnu ni les dispositions, ni les stipulations précitées.

6. En dernier lieu, en appliquant les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version applicable à la date de l'arrêté attaqué, le préfet n'a entaché ce dernier d'aucune erreur de droit. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Aine.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président-rapporteur,

- Mme Rondepierre, première conseillère,

- M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

signé

S. Thérain

L'assesseur le plus ancien,

signé

A. Rondepierre

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2402048

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