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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402097

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402097

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMESTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mai 2024, M. B, représenté par Me Mestre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 avril 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 300 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fass, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 30 novembre 1998 est entré sur le territoire français le 14 mars 2019, selon ses déclarations. Par un arrêté du 18 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise, sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de la situation personnelle et familiale de M. B que la préfète a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en citant les articles L. 612-12 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant que M. B est de nationalité angolaise et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de renvoi. Ainsi, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de M. B, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni davantage des motifs de l'arrêté litigieux, qui présentent un caractère suffisamment détaillé ainsi qu'il a été dit, que celui-ci serait entaché d'un défaut d'examen préalable de la situation personnelle M. B. Il s'ensuit que le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ", lequel dispose que " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". Par ailleurs, l'article L. 422-2 de ce code précise que : " La carte de séjour prévue à l'article L. 422-1 est également délivrée lors de sa première admission au séjour, sans avoir à justifier de ses conditions d'existence et sans que soit exigée la condition prévue à l'article L. 412-1, à l'étranger ayant satisfait aux épreuves du concours d'entrée dans un établissement d'enseignement supérieur ayant signé une convention avec l'État ".

6. A supposer même que M. B justifie de moyens d'existence suffisants et qu'il suive, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, un enseignement ou des études en France, il ne satisfait pas, ainsi que l'a retenu la préfète de l'Oise pour fonder son refus, à la condition de disposer d'un visa de long séjour, condition requise en application de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prétendre à la délivrance du titre de séjour portant la mention " étudiant " en vertu du premier alinéa de l'article L. 422-1 de ce même code, ni aux différentes conditions, notamment relatives à l'entrée régulière sur le territoire, lui permettant, de se voir délivrer ce même titre de séjour sans que soit exigée de sa part la production d'un tel document, en application des dispositions du second alinéa de l'article L. 422-1 et de l'article

L. 422-2 de ce même code. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise a pu estimer, sans commettre d'erreur de droit ni d'appréciation, que M. B, n'était pas fondé à obtenir un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. M. B, célibataire et sans charge de famille, fait état de sa présence en France depuis le mois de mai 2019, soit plus de quatre ans à la date de l'arrêté attaqué et du suivi de ses études pour les années scolaires 2020-2021 et 2022-2023. Toutefois, les circonstances qu'il invoque, notamment la présence de son père et de sa compagne ainsi que de leurs enfants, sont insuffisantes pour caractériser une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, ce alors que l'intéressé n'établit ni même n'allègue être dépourvu de tout lien en Angola, qu'il a quitté à l'âge de 21 ans afin de poursuivre des études. Par suite, la préfète de l'Oise n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, méconnu les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point précédent. Ce moyen, qui, au demeurant, n'est opérant qu'à l'encontre de la mesure d'éloignement au regard de la nature du titre de séjour dont la délivrance a été refusée, doit, dès lors, être écarté.

9. En dernier lieu et pour les mêmes motifs qu'exposés aux points 6 et 8 du présent jugement, la préfète de l'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant. Le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Mestre.

Délibéré après l'audience du 17 septembre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Binand, président,

Mme C et Mme Fass, conseillères,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le président,

Signé

C. BINAND

La rapporteure,

Signé

L. FASS Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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