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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402109

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402109

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402109
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2024, Mme B A, représentée par

Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation et un défaut d'examen de sa situation ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'elle a noué des liens sur le territoire français et qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que la pathologie dont elle est atteinte nécessite un suivi et un traitement médical dont elle ne pourra pas bénéficier en cas de retour dans son pays d'origine ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, dès lors que ses deux enfants sont scolarisés sur le territoire français et que son fils souffre de troubles anxieux en lien avec les traumatismes qu'il aurait subis en République démocratique du Congo, lesquels nécessitent un suivi psychologique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ses dispositions applicables de la date d'intervention de la décision attaquée ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative, dans ses mêmes dispositions.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M.Truy, magistrat désigné.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 12 décembre 1987, est entrée en France le 20 février 2023. Elle a présenté une demande d'asile le 20 mars 2023, laquelle a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 16 novembre 2023, confirmée par une décision de la cour nationale du droit d'asile le 3 avril 2024. Par un arrêté du 13 mai 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Somme a abrogé son attestation de demande d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et règlementaires sur lesquelles il se fonde, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et relève les éléments de faits relatifs à la vie privée et familiale C A, notamment la circonstance que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, que l'intéressée est célibataire et mère de deux enfants, lesquels résident avec elle sur le territoire français. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé. Pour les mêmes raisons, elle n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que si Mme A, qui n'est présente en France que depuis 2023, soutient y résider en compagnie de ses deux enfants mineurs, ces derniers, dont les demandes d'asile ont également été rejetées, ont vocation à l'accompagner en cas de retour dans son pays d'origine, alors qu'il n'est par ailleurs pas démontré que leur scolarité ne puisse se poursuivre dans leur pays d'origine. En outre, l'intéressée ne démontre pas disposer d'autres attaches sur le territoire français, ni en être dépourvue dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. D'une part, si Mme A, se prévaut de la nécessité d'un suivi médical eu égard aux pathologies dont elle est atteinte, les pièces médicales produites ne permettent pas d'établir qu'elle ne pourrait en bénéficier en République démocratique du Congo. D'autre part, l'intéressée, dont la demande d'asile a d'ailleurs été définitivement rejetée, ne démontre pas qu'elle serait exposée à des peines ou traitement inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, l'arrêté attaqué n'a pas méconnu les stipulations précitées.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'est pas démontré que la scolarité des enfants mineurs C Mme A ne puisse se poursuivre normalement dans leur pays d'origine, alors qu'ils ne sont par ailleurs présents sur le territoire français que depuis une date récente. Si l'intéressée se prévaut également de ce que son fils, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, souffre de troubles anxieux en lien avec les traumatismes qu'il aurait subis en République démocratique du Congo, lesquels nécessitent un suivi psychologique, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel suivi ne pourrait être réalisé dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête C A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées aux fins d'injonction, ainsi que celles qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2402109

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