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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402120

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402120

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402120
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. B A, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 avril 2024 du préfet de l'Aisne portant suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre de lui restituer son permis de conduire sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son action est recevable et relève de la compétence du tribunal administratif d'Amiens ;

- la décision contestée est entachée d'illégalités externes en ce qu'elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation, a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- cette même décision est entachée d'illégalité interne du fait d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant d'une personne ayant besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité professionnelle et les nécessités de la vie quotidienne, son épouse, malade et nécessitant des soins, ne disposant pas du permis de conduire.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- le code de procédure pénale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de présenter ses conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Truy.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué du 3 avril 2024, le préfet de l'Aisne a prononcé, sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, la suspension du permis de conduire de M. A pour une durée de six mois au motif que ce dernier a fait l'objet d'un procès-verbal d'infraction au code de la route.

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En l'espèce, l'arrêté préfectoral attaqué vise, notamment, les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route, indique que M. A a fait l'objet, le 2 avril 2024 à 14 h 10, d'un procès-verbal pour avoir commis, sur le territoire de la commune de Housset une infraction punie par le code de la route de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, précise la nature de cette infraction et mentionne que l'intéressé représente un " danger grave et immédiat () pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence () ". Aux termes de l'article L. 224-2 du code de la route : " (), le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis, prononcer la suspension du permis de conduire pour une durée qui ne peut excéder six mois (). / Lorsque le dépassement de 40 km/h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué et lorsque le véhicule est intercepté, les dispositions du présent article sont applicables au conducteur () ". Le délai de soixante-douze heures imparti par le législateur au préfet pour prononcer la suspension du permis du conduire crée une situation d'urgence de nature à dispenser l'administration de l'application des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration.

4. D'autre part, les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration sont définies à l'article L. 122-1 du même code. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-2 du code de la route, qui doit être prise dans les 72 heures et qui a pour objet de faire obstacle à ce qu'un conducteur, circulant à une vitesse excessive, retrouve l'usage de son véhicule, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité. Eu égard au caractère particulièrement dangereux de la conduite de M. A pour lui-même et pour les tiers, ainsi qu'au délai de 72 heures auquel le préfet de l'Aisne était soumis pour statuer, l'existence d'une situation d'urgence est caractérisée. Dès lors, le préfet de l'Aisne, en fondant la décision contestée sur l'article L. 224-2 du code de la route, et non sur l'article L. 224-7 de ce même code, n'a entaché la décision contestée ni d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une quelconque méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 précitées du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

5. S'il revient à la juridiction administrative d'apprécier la légalité d'un arrêté préfectoral de suspension d'un permis de conduire pris à la suite d'une infraction au code de la route, il n'appartient qu'aux seules juridictions de l'ordre judiciaire de se prononcer sur la régularité de la constatation de ladite infraction. M. A, qui n'allègue pas avoir saisi la juridiction compétente, ne peut utilement soutenir que les dispositions de l'article L. 224-2 du code de la route ne lui sont pas applicables. Par suite, la contestation de la matérialité des faits qui lui sont reprochés et donc la régularité du procès-verbal établi à son encontre ne constitue pas un moyen susceptible d'être utilement invoqué devant le juge administratif à l'encontre de la décision de suspension de son permis de conduire prise par le préfet de l'Aisne.

6. Si M. A devait être regardé comme émettant des doutes sur l'homologation du cinémomètre ainsi que sa vérification annuelle, l'avis de rétention du permis rédigé par un agent de police judiciaire, qui selon l'article 537 du code de procédure pénale fait " foi jusqu'à preuve contraire ", indique que l'excès de vitesse a été constaté " par un appareil homologué ", il mentionne par ailleurs la vitesse autorisée, celle constatée ainsi que celle retenue. M. A, qui a signé le procès-verbal de rétention de son permis, n'a cependant pas contesté la vitesse enregistrée. Par suite le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le sous-préfet en se basant sur la vitesse relevée doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A soutient que la suspension de son permis de conduire constitue une atteinte à sa vie privée en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, les stipulations invoquées prévoient elles-mêmes que les libertés qu'elles garantissent peuvent faire l'objet de restrictions, notamment dans l'intérêt de la sécurité publique. Ainsi, l'arrêté contesté, qui vise à prononcer la suspension de la validité du permis du requérant pour une durée de six mois pour des faits tenant à la conduite d'un véhicule automobile pour vitesse excessive, ne paraît pas disproportionné aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être rejeté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A, qui ne saurait utilement soutenir qu'il a besoin de son permis de conduire pour l'exercice de son activité et les nécessités de la vie quotidienne, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 avril 2024 par laquelle le préfet de l'Aisne a suspendu son permis de conduire pour une durée de six mois. Les conclusions en ce sens de la requête, de même, par voie de conséquence, que les conclusions à fin d'injonction et bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Aisne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

Le magistrat désigné, La greffière,

signé signé

G. Truy M-A. Boignard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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