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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402151

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402151

lundi 10 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402151
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 2 juin 2024 sous le n° 2402151, M. B A, représenté par Me Basili, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel il doit être renvoyé ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui a présenté des pièces enregistrées le 3 juin 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 2 juin 2024 sous le n° 2402152, M. B A, représenté par Me Basili, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a assigné à résidence à Amiens au 1 allée de Vendée, appartement 8, pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au profit de son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté d'assignation à résidence méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le délai de départ volontaire n'était pas expiré ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de précision du périmètre dans lequel il est autorisé à circuler.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui a présenté des pièces enregistrées le 3 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de la requête n°2402151 en raison de sa tardiveté ;

- les observations de Me Basili, représentant M. A, qui retire son moyen tiré de ce que l'arrêté d'assignation à résidence méconnaîtrait les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le délai de départ volontaire n'aurait pas expiré.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant nigérian, né le 10 mai 1985, déclare être entré sur le territoire français le 28 mars 2023. Par un arrêté du 27 mars 2024, dont l'intéressé demande l'annulation par une requête n°2402151, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le Nigéria comme pays à destination duquel il doit être renvoyé. Par un arrêté du 31 mai 2024, dont M. A demande l'annulation par une requête n°2402152, le préfet de la Somme l'a assigné à résidence à Amiens pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2402151 et 2402152 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence () / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dans les instances nos 2402151 et 2402152. En vertu de l'article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l'Etat à l'avocat choisi ou désigné pour assister la même personne dans des litiges reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. Tel est le cas en l'espèce ainsi qu'il est dit au point 2 du présent jugement entre les instances nos 2402151 et 2402152. L'instance n° 2402152 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 27 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

5. D'une part, aux termes de l'article aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 () ". Aux termes l'article L. 614-5 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

7. L'arrêté du 27 mars 2024, par lequel la préfète de l'Oise a rejeté la demande d'admission au séjour de M. A et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, lui a été notifié, accompagné de la mention complète des voies et délais de recours, par lettre recommandée avec accusé de réception à l'adresse qu'il avait indiquée aux services préfectoraux. Il ressort de l'accusé de réception et de la fiche de suivi du courrier recommandé de La Poste produit en défense que ce pli a été présenté le 2 avril 2024, puis a été retourné à l'administration le 20 avril 2024 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Ainsi, l'arrêté du 27 mars 2024 doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à la date du 2 avril 2024, M. A n'ayant pas retiré ce courrier au bureau distributeur dans le délai de quinze jours qui lui était imparti par la réglementation postale. Cette notification, effectuée de façon régulière, a déclenché le délai de recours, lequel a expiré le 18 avril 2024. Ainsi, la requête de l'intéressé, enregistrée sous le n° 2402151 au greffe du tribunal le 2 juin 2024, est tardive et, par suite, irrecevable.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 31 mai 2024 portant assignation à résidence :

8. En premier lieu, l'arrêté portant assignation à résidence comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / () ".

10. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 31 mai 2024 indique que, pour une durée de quarante-cinq jours, M. A doit demeurer de 14 heures à 17 heures au 1 allée de Vendée, appartement 8, à Amiens et qu'il lui est interdit de sortir du département de la Somme sans autorisation écrite du préfet. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué ne détermine pas précisément le périmètre dans lequel il peut circuler librement en méconnaissance des dispositions des articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mai 2024 présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale à titre provisoire, dans les conditions fixées au point 4.

Article 2 : Les requêtes nos 2402151 et 2402152 de M. B A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Basili, à la préfète de l'Oise et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

V. LE GARS

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise et au préfet de la Somme en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2402151 et 240215

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