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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402172

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402172

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mai 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 28 juin 2024, M. B A représenté par Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire ;

-elle est insuffisamment motivée ;

-elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne justifie pas l'édiction d'une telle décision ;

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 1er juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant nigérian né le 21 mars 1991 a sollicité l'asile le 17 novembre 2022. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 23 novembre 2023, confirmée par la Cour nationale des droits d'asile (CNDA) le 12 mars 2024. Par un arrêté du 13 mai 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions législatives et règlementaires dont elle fait application, notamment l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment la circonstance que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté la demande d'asile du requérant. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée est insuffisamment motivée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B A est arrivé en France en 2022, à l'âge de 31 ans. S'il fait valoir que l'un de ses frères vit en France sous couvert d'une carte de résident en qualité de réfugié, il ne prouve pas le lien de parenté entre le titulaire de la carte de résident qu'il produit et lui-même. De même, il n'établit par aucune pièce la présence de sa mère en France. S'il soutient enfin qu'il dispose de trois autres frères en France, l'un d'eux, son frère jumeau, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le même jour que le requérant, et la présence sur le territoire français des deux autres personnes qu'il présente comme ses frères n'est pas établie. La circonstance que son père soit décédé et que d'autres membres de sa fratrie vivent actuellement au Togo, au Canada, ou en Afrique du Sud ne suffit pas à établir que l'intéressé est dépourvu de toute attache familiale et personnelle au Nigéria, où il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

4. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de l'arrêté attaqué : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

5. En premier lieu, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle les éléments de la situation personnelle du requérant, ainsi que sa date d'entrée en France. Par suite, elle est suffisamment motivée.

6. En second lieu, il ressort des pièces que M. A est entré sur le territoire français le 28 octobre 2022, qu'il est dépourvu d'attaches familiales en France, qu'il ne justifie pas d'une intégration sociale et professionnelle notable sur le territoire français. Enfin, si le requérant invoque ses attaches en France, il n'établit pas la réalité, l'ancienneté et la stabilité de ces relations et ainsi qu'il a été dit au point 3, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point 4 doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402172

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