jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402193 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU4 |
| Avocat requérant | SALIGARI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 mai 2024, M. A B, représenté par Me Saligari, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination pour sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français, jusqu'à la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans le cas où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur le refus d'admission au séjour au titre de l'asile et la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent le droit de se maintenir sur le territoire français sous le couvert d'une autorisation provisoire de séjour qu'il tire des dispositions de l'article L. 541-1 et de l'article L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît le droit de se maintenir sur le territoire français sous le couvert d'une autorisation provisoire de séjour qu'il tire des dispositions de l'article L. 541-1 et de l'article
L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête de M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 26 juin 2024 M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Binand, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant arménien né le 15 août 1989 qui déclare être entré en France au mois de décembre 2022 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé son admission au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé l'Arménie ou tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible pour sa reconduite à la frontière.
Sur les moyens communs aux décisions contenues dans l'arrêté attaqué :
2. La préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise dans l'arrêté attaqué les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle a fait application ainsi que les considérations de fait propres à la situation de M. B sur lesquelles elle s'est fondée pour refuser son admission au séjour au titre de l'asile, en relevant que la demande d'asile de l'intéressé a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile en 2023, que la demande de réexamen que celui-ci a présentée a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 4 avril 2024 notifiée le 12 avril suivant, et qu'aucun recours n'est pendant devant la Cour nationale du droit d'asile. Pour faire obligation à M. B de quitter le territoire français sous trente jours, l'autorité préfectorale a exposé notamment que l'intéressé entrait dans le champ d'application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de bénéficier du droit de se maintenir en France après la notification de la décision de l'Office, en fondant cette appréciation sur les dispositions de l'article L. 542-1 de ce code, qu'elle a citées. Enfin, la préfète de l'Oise a indiqué les motifs de droit et de fait pour lesquels elle a fixé l'Arménie, pays, dont M. B est ressortissant, comme pays de renvoi en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement du territoire français. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise, qui n'avait pas à décrire l'ensemble des éléments de fait caractérisant la situation de M. B, n'a pas entaché ces décisions d'un défaut de motivation. Compte tenu du caractère détaillé et dépourvu de caractère stéréotypé de la motivation de l'arrêté attaqué, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que les décisions attaquées ont été prises sans examen de sa situation personnelle par l'autorité préfectorale. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
Sur les autres moyens dirigés contre les décisions de refus d'admission au séjour au titre de l'asile et portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, d'une part, il est constant que la République d'Arménie est inscrite sur la liste des pays considérés comme pays d'origine sûrs au sens de l'article L. 521-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fixée par la décision du 9 octobre 2015 du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, en vertu des dispositions du d) du 1° de l'article L. 542-2 du même code qui dérogent à celles de l'article L. 542-1, le droit au maintien en France de M. B en qualité de demandeur d'asile a pris fin dès la notification de la décision du 4 avril 2024 par laquelle l'Office a rejeté sa demande de réexamen en procédure accélérée.
4. D'autre part, il ressort du relevé des informations de la base de données " TelemOfpra ", versé au dossier par la préfète de l'Oise qui, en vertu de l'article R. 531-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fait foi jusqu'à preuve du contraire, que cette décision a été notifiée le 12 avril 2024, ce qui n'est pas contesté en retour.
5. Il résulte des deux points qui précèdent que le 6 mai 2024, M. B ayant perdu le droit de se maintenir en France en qualité de demandeur d'asile depuis le 12 avril précédent, la préfète de l'Oise était fondée en vertu de l'article L. 542-3 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à abroger l'attestation de demandeur d'asile qui avait été délivrée à l'intéressé, et à lui faire application des dispositions du 4 ° de l'article L. 611-1 de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit dont l'arrêté attaqué serait entaché à ce titre doit être écarté.
6. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français à la fin de l'année 2022. Il est célibataire et sans enfants à charge, et ne justifie pas disposer de liens suffisamment stables, anciens et intenses en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire qui lui est faite méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la préfète de l'Oise a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que cette mesure d'éloignement emporte sur sa situation.
Sur les autres moyens dirigés contre la décision fixant le pays de renvoi :
7. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 6, l'arrêté de la préfète de l'Oise, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français n'est entaché d'aucune des illégalités invoquées par le requérant. Par suite, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écartée.
8. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui ont seulement pour objet de régir le droit d'un demandeur d'asile à se maintenir sur le territoire français, à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi lorsque ce droit a pris fin.
9. En troisième lieu, Si M. B fait valoir une situation générale d'insécurité et de corruption que connaît l'Arménie, et des atteintes qui y sont portées à la liberté d'expression, les attestations datées du mois de janvier 2024 de ses anciens voisins l'informant qu'il est recherché par les autorités militaires de ce pays, ainsi que la convocation à un exercice de mobilisation militaire pour le début de l'année 2024, qu'il verse au dossier, sans aucunement faire état dans sa requête d'un refus de répondre à des obligations militaires par objection de conscience, sont insuffisamment probants pour établir qu'il serait exposé personnellement au risque de subir des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou attentatoires à sa vie ou à sa liberté, en cas de retour dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation doivent être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En vertu des dispositions de l'article L. 752-6 et de l'article L. 752-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'étranger dont le droit au maintien sur le territoire français au titre de sa demande d'asile a pris fin dès la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, peut demander la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet s'il présente au juge des éléments sérieux de nature à justifier son maintien en France jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile.
13. Les seuls éléments, exposés au point 9, dont M. B fait état ne sont pas de nature à justifier son maintien sur le territoire français durant l'examen du recours qu'il a introduit le 27 mai 2024 devant la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, les conclusions de M. B à fin de suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B, doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris les conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et à Me Saligari.
Rendu public par mise à disposition au greffe de la juridiction le 10 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026