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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402200

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402200

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2024, Mme C D, représentée par

Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Pereira sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait au regard de sa situation personnelle et familiale, dès lors qu'elle est mère d'un enfant né de père français ;

- cette erreur de fait démontre un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier et notamment les pièces, enregistrées le 6 juin 2024 et communiquées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, magistrat honoraire, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 12 juin 2024.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1.Mme C D, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 24 décembre 1992, déclare être entrée sur le territoire français le 25 novembre 2022. Le

2 mars 2023, elle a déposé une demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 6 juillet 2023. Elle s'est désistée de son recours déposé devant la Cour nationale du droit d'Asile le 15 avril 2024. Par un arrêté du 15 mai 2024 dont l'intéressée demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué précise les éléments que la préfète a pris en considération, notamment la circonstance que Mme C D déclare être entrée sur le territoire français le 25 novembre 2022 et qu'elle s'est désistée, le 15 avril 2024, de son recours devant la Cour Nationale du Droit d'Asile de la décision de l'OFPRA rendue le 6 juillet 2023. La requérante fait valoir que l'arrêté mentionne à tort qu'elle ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français, alors qu'elle est mère d'un enfant, de père français, né le 8 janvier 2024. Toutefois, la préfète de l'Oise fait valoir, sans être contredite, que Mme C D n'a jamais fait part à l'administration de la naissance de son enfant, ni même d'ailleurs de sa grossesse ni du fait que le père de cet enfant est de nationalité française. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de fait ni d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et familiale.

3. En deuxième lieu, Mme D soutient, en affirmant qu'elle ne justifiait pas " entrer dans une catégorie de ressortissant étranger pouvant prétendre à la délivrance d'un titre de séjour de plein droit ", que la préfète de l'Oise a entaché sa décision d'une erreur de droit. Toutefois, il ne ressort des pièces du dossier qu'elle n'a porté à la connaissance de la préfecture de l'Oise les éléments de sa situation personnelle au mieux qu'à l'occasion de sa demande de titre de séjour le 24 mai 2024 soit postérieurement à la date de l'arrêté attaqué. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut dès lors qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

5. S'il ressort des pièces du dossier que Mme D est mère d'un enfant, né le 8 janvier 2024 de sa relation avec M. B A, Mme D ne justifie pas d'une vie privée et familiale sur le territoire français ancienne et pérenne avec l'intéressé, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme D ne justifie pas de l'intensité et l'ancienneté des liens qui l'unissent au père de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

A. Ribiére

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent

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