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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402228

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402228

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par trois requêtes, enregistrées le 6 juin 2024 sous les nos 2402228, 2402240 et 24002241, M. C A B, représenté par Me Varin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024, par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et lui a interdit le retour en France pour une durée de cinq ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024, par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais, pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet des requêtes.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, les requêtes ne comprennent l'énoncé d'aucun moyen et d'aucune conclusion, méconnaissent les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative et sont, par suite, irrecevables ;

-à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Le Gars pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars, magistrat désigné ;

- les observations de Me Varin, représentant M. A B, qui soutient que les requêtes sont recevables et reprend ses conclusions des requêtes à fin d'annulation des arrêtés des 7 mai 2024, notifiés le 4 juin 2024, par lesquels la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays à destination duquel il doit être renvoyé, lui a interdit le retour en France pour une durée de cinq ans, l'a assigné à résidence à Beauvais, pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

En ce qui concerne la décision lui refusant un titre de séjour, il soutient qu'elle est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est présent sur le territoire français depuis 2010 où vivent sa compagne et ses deux enfants, qu'il est inséré et travaille. Il fait valoir que, malgré l'absence de communauté de vie, il entretient des contacts quotidiens avec sa compagne et qu'il participe à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants, dont l'un est atteint de troubles autistiques. Il soutient qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public malgré ses deux condamnations pénales.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, il soutient qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence, il fait valoir qu'il est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- et les observations de M. A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant congolais, né le 4 juin 1994, déclare être entré sur le territoire français le 14 novembre 2010. Par un arrêté du 7 mai 2024, notifié le 4 juin 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la République démocratique du Congo comme pays à destination duquel il doit être renvoyé et lui a interdit le retour en France pour une durée de cinq ans. Par un arrêté du 7 mai 2024, notifié le 4 juin 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence à Beauvais, pour une durée de

quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2402228, 2402240 et 2402441 ont été introduites par le même requérant, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur l'étendue du litige :

3. Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. Les actes de procédure précédemment accomplis demeurent valables. L'avis d'audience se substitue, le cas échéant, à celui qui avait été adressé aux parties en application de l'article R. 776-11. / Toutefois, lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

4. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas au magistrat désigné par la présidente du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de titre de séjour. Dès lors, il n'y a lieu de statuer, dans la présente instance, que sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans et l'assignant à résidence. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 7 mai 2024, notifié le 4 juin 2024, par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. A B un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans :

5. Si M. A B soutient séjourner en France depuis 2010, où résident également sa compagne, qui est titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'au 20 mars 2025, et leurs deux enfants, nés en 2013 et en 2019 en France, dont l'un est atteint de troubles autistiques, il est toutefois constant qu'il ne partage aucune communauté de vie avec les intéressés, ressortissants congolais. L'intéressé se prévaut d'une lettre de la mère de leurs enfants attestant qu'il contribue à l'intégralité des frais afférents à leur entretien. Toutefois, cette allégation n'est pas corroborée par des preuves de paiement, de sorte qu'elle ne permet pas de retenir que l'intéressé contribue à leur entretien. Si M. A B se prévaut de lettres attestant qu'il accompagne régulièrement ses enfants à l'école et à leurs consultations médicales, il n'établit toutefois pas l'intensité des liens qu'il prétend avoir avec ses enfants. Il fait valoir être intégré dans la société française et verse, au soutien de ses allégations, des avis d'impôt sur le revenu et des bulletins de paie pour une mission en tant qu'intérimaire au titre du mois de mai 2024 ainsi que pour une activité de cariste au titre de la période du 1er décembre 2023 au 30 avril 2024. Toutefois, il ressort de son casier judiciaire qu'il a fait l'objet, le 12 mai 2022, d'une condamnation à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de blanchiment consistant au concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de trafic de stupéfiants commis de juillet 2020 au 10 septembre 2020. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la menace que représente sa présence sur le territoire français et alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de dix-sept ans, en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, en fixant la République démocratique du Congo comme pays de destination et en lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 7 mai 2024 portant assignation à résidence :

6. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté portant assignation à résidence serait illégal compte tenu de l'illégalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de

non-recevoir opposée en défense, que les conclusions dirigées à l'encontre de l'arrêté attaqué en tant qu'il oblige M. A B à quitter sans délai le territoire français, fixe la République démocratique du Congo comme pays de destination et prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans doivent être rejetées. Il en va de même pour les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté l'assignant à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours.

D E C I D E :

Article 1er : Le jugement des conclusions à fin d'annulation de la décision refusant à M. A B un titre de séjour est renvoyé à une formation collégiale du tribunal administratif d'Amiens.

Article 2 : Les conclusions des requêtes n°2402228, 2402240 et 2402241 de M. A B dirigées à l'encontre de l'arrêté du 7 mai 2024 en tant qu'il l'oblige à quitter sans délai le territoire français, fixe la République démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, sont rejetées.

Article 3 : Les conclusions des requêtes n°2402228, 2402240 et 2402241 de M. A B dirigées à l'encontre de l'arrêté du 7 mai 2024 portant assignation à résidence sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Varin et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

V. LE GARS

La greffière,

Signé :

S. GRARE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies d'exécution de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2402228, 2402240 et 2402241

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