jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402232 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ROQUES LAURENCE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée sous le numéro 2402232, le 4 juin 2024, M. D C, représenté par Me Roques, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale - ascendant à charge " dans un délai de deux mois ou, à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le même délai en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours ouvrés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L .761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- il remplit l'ensemble des conditions posées par l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé :
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur le pays de renvoi :
- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
II. Par une requête enregistrée sous le numéro 2402233, le 4 juin 2024, Mme B E épouse C, représentée par Me Roques, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet de l'Aisne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Aisne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale - ascendant à charge " dans un délai de deux mois ou, à défaut de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le même délai en la munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours ouvrés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur le refus de titre de séjour :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- elle remplit l'ensemble des conditions posées par l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour ;
- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé :
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur le pays de renvoi :
- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2024, le préfet de l'Aisne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Pierre.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme C, ressortissants israéliens, nés respectivement les 9 février 1942 et 21 avril 1942, sont entrés en France le 19 juillet 2021 en possession de visas de long séjour en tant qu'ascendants non à charge. Ils ont également été titulaires de titres de séjour en ce sens. Ils ont sollicité un changement de statut le 27 août 2023 compte-tenu du changement de leurs ressources personnelles mais ont vu cette demande rejetée par les arrêtés attaqués du 24 avril 2024 qui leur ont également fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et ont fixé Israël comme pays à destination duquel ils seront renvoyés en cas d'exécution d'office de cette mesure.
2. Les requêtes n° 2402232 et n° 2402233, présentées pour M. et Mme C présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par M. A F, directeur de cabinet du préfet de l'Aisne, lequel disposait d'une délégation de signature du préfet en date du 13 septembre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, à l'effet de signer notamment les décisions et les actes de procédure prévus en matière de police des étrangers par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. /A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
5. Il ressort des termes des arrêtés attaqués que ceux-ci comportent de façon suffisamment circonstanciée l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, et détaillent la situation de M. et Mme C par des considérations qui leur sont propres et notamment la présence en France de leur fille unique. Par suite, les moyens tirés de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen particulier doivent être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, parent à charge d'un français et de son conjoint, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. ".
7. Lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, l'autorité administrative peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins avant ou depuis son arrivée en France ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
8. En l'espèce, il est constant que M. et Mme C disposaient en Israël de ressources propres leur permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes compte-tenu de leur pension de retraite et des aides sociales et exonérations auxquelles ils pouvaient prétendre et que leur fille de nationalité française ne pourvoyait pas à leurs besoins avant leur arrivée en France, pour laquelle ils disposaient d'un visa de long séjour portant la mention " ascendant non à charge/visiteur ". La modification de leurs ressources ne résulte que de leur choix de s'installer en France qui leur a fait perdre le bénéfice des aides sociales israéliennes soumises à une condition de résidence dont il n'est ni établi, ni soutenu qu'ils ne pourraient plus bénéficier en cas de retour dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet de l'Aisne a pu refuser de leur délivrer une carte de résident en application des dispositions précitées de l'article L. 423-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. et Mme C sont présents en France depuis 2021 et y résident à proximité de la résidence de leur fille unique, de son conjoint, et des deux enfants du couple, qui sont ressortissants français. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, ils disposent dans leur pays d'origine, où ils ont vécu jusqu'à l'âge de 79 ans, de ressources leur permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes. Dans ces conditions, alors même que les requérants sont aidés par leur fille compte-tenu de leur âge, sans qu'il soit établi que cette présence leur soit indispensable, ils ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés attaqués, en tant qu'ils leur refusent un titre de séjour ou leur font obligation de quitter le territoire français, porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'ils seraient entachés d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.
11. En cinquième lieu, compte-tenu de ce qui précède, M. et Mme C ne sont pas fondés à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales à raison de l'illégalité des refus de titre de séjour qui leur ont également été opposés, ni que les décisions fixant le pays à destination duquel ils seront renvoyés en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement dont ils ont fait l'objet seraient illégales à raison de l'illégalité de l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. et Mme C doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. et Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse C, à M. D C et au préfet de l'Aisne.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pierre, première conseillère,
Mme Sako, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
Signé
A-L Pierre
Le président,
Signé
B. Boutou
La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au préfet de l'Aisne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2402232 et 2402233
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026