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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402238

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402238

mercredi 31 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 4 juin 2024 sous le n° 2402238, M. A E, représenté par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation.

Il soutient que :

-l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

II. Par une requête enregistrée le 4 juin 2024 sous le n°2402243, Mme B C, représentée par Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois ou, subsidiairement, une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en fait ;

- il porte une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cet arrêté sur sa situation personnelle et familiale.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée,

- les observations de Me Pereira, représentant M. E et Mme C, qui conclut aux mêmes fins que les requêtes par les mêmes moyens, et soutient en outre que les craintes du requérant en cas de retour en Géorgie sont fondées dès lors que la situation instable de la Géorgie, qui est menacée par la Russie, pourrait entrainer des risques pour l'intéressé dès lors qu'il a combattu les forces russes en qualité de soldat géorgien ; elle fait également valoir qu'une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant scolarisé depuis 5 ans est en cours d'instruction par la préfecture depuis le 25 juin 2024, ce qui aurait dû conduire le préfet à délivrer un récépissé aux requérants afin d'autoriser leur séjour sur le territoire durant l'instruction de cette demande.

- les observations de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. E et Mme C, ressortissants géorgiens, nés respectivement le 8 août 1982 et le 20 décembre 1981, sont entrés en France le 30 mars 2019 selon leurs déclarations. Ils ont formé une demande d'asile, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 28 juin 2019, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 3 octobre 2019. Leur dernière demande de réexamen a été jugée irrecevable par une décision de l'OFPRA du 19 octobre 2023, confirmée par la CNDA le 30 janvier 2024. Le 28 janvier 2020 et le 8 mai 2022, M. E a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Par deux arrêtés du 13 mai 2024, le préfet de la Somme, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits, et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Les requêtes n° 2402238 et n° 2402243, qui concernent la situation administrative d'un couple de ressortissants étrangers, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués mentionnent les éléments de fait se rapportant à la situation particulière de M. E et Mme C sur lesquels le préfet a entendu se fonder, notamment relative à leur situation administrative, personnelle et familiale et à celle de leurs trois enfants nés en 2005, 2012 et 2018. Il s'ensuit que ces arrêtés comportent les motifs de fait qui en constituent le fondement, le préfet n'étant pas tenu de préciser dans son arrêté que les enfants du couple sont scolarisés en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la circonstance que les requérants aient déposé une demande de titre de séjour le 25 juin 2024 est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, qui s'apprécie à la date de son édiction. Est également sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué la circonstance que le préfet n'a pas délivré aux intéressés de récépissé de demande de titre de séjour à l'occasion du dépôt de leur demande de titre de séjour du 25 juin 2024.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. E et Mme C, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA puis la CNDA à quatre reprises, soutiennent qu'ils ne peuvent poursuivre leur vie familiale en Géorgie en raison du passé d'ancien militaire de M. E qui les place dans une situation dangereuse vis-à-vis des autorités russes et que leur vie familiale doit se poursuivre en France où leurs trois enfants sont scolarisés. Toutefois, les craintes de M. E et Mme C, qui n'ont au demeurant pas été jugées crédibles par l'OFPRA et la CNDA, ne sont pas suffisamment établies par les pièces du dossier, alors qu'il est constant que les décisions attaquées fixent la Géorgie et non la Russie comme pays de destination et que la seule situation instable de la Géorgie et les menaces des autorités russes envers les soldats géorgiens ayant combattu en 2008 ne permettent pas de caractériser l'existence d'un risque réel et sérieux pour la vie de M. E en cas de retour en Géorgie. Par ailleurs les intéressés qui sont entrés en France en 2019 et se sont maintenus irrégulièrement sur le territoire, malgré l'édiction d'une mesure d'éloignement à l'encontre de M. E dès 2020, ne démontrent pas avoir d'attaches familiales en France et ne justifient pas être dépourvus de toute attache dans leur pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur existence. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatives, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. M. E et Mme C se bornent à soutenir qu'ils ont trois enfants mineurs nés en 2012, 2015 et 2018, et scolarisés en France depuis cinq ans. Toutefois, cette circonstance ne permet pas d'établir que les décisions attaquées portent une atteinte à l'intérêt supérieur de ces enfants, qui peuvent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite le moyen tiré de la violation de l'article 3 paragraphe 1 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation et à fin d'injonction présentées par M. E et Mme C doivent être rejetées.

Sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle :

10. Aux termes de l'article 92 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " La part contributive versée par l'Etat à l'avocat () choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans une procédure reposant sur les mêmes faits en matière pénale ou dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire dans les autres matières est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire (). "

11. La requête de Mme C enregistrée sous le n° 2402243 repose sur les mêmes faits que la requête n° 2402238, présentée par M. E, son époux, et comporte des prétentions similaires et des moyens présentés de manière identique. Comme son époux, Mme C bénéficie de l'aide juridictionnelle et est assistée par Me Pereira. Par suite, il y a lieu de réduire de 30 % la part contributive versée par l'Etat à Me Pereira pour l'affaire n° 2402243.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. E et de Mme C sont rejetées.

Article 2 : Il est appliqué une réduction de 30 % sur le montant de la part contributive à l'aide juridictionnelle versée à Me Pereira au titre de la requête n° 2402243.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme B C, à Me Pereira, et au préfet de la Somme.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 juillet 2024.

La présidente,

Signé

C. Galle

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

Z

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2402243

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