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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402245

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402245

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantROBIQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 juin 2024 et le 28 juin 2024, Mme B C, représentée par Me D, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 par laquelle le directeur académique des services de l'éducation nationale de la Somme a rejeté sa demande de reconnaissance de maladie professionnelle ;

2°) d'enjoindre au directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Somme de la placer en congé pour invalidité temporaire imputable au service dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- en l'absence de reconnaissance de la maladie professionnelle, elle se trouve dans une situation de précarité financière, ne bénéficiant que d'un congé de longue maladie à demi-traitement qui arrivera à échéance le 20 novembre 2024 ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle a été privée des garanties prévues par l'article 12 du décret n°86-442 du 14 mars 1986 puisqu'elle n'a pas été informée au moins 10 jours ouvrés avant la réunion du conseil médical de la possibilité de présenter des observations sur sa situation et d'y être présente et accompagnée, qu'elle n'a pas été autorisée à être assistée au décours des opérations d'expertise ni à présenter utilement des observations devant le conseil médical avant que celle-ci rende son avis ;

- elle méconnaît l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique dès lors d'une part qu'il existe un lien direct et immédiat entre ses conditions de travail et sa maladie puisque celle-ci est consécutive à l'accident de service dont elle a été victime en juin 2012, d'autre part qu'il en résulte un taux d'incapacité permanente de 25%.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juin 2024, le recteur de l'académie d'Amiens conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie en l'espèce, à défaut pour la requérante de justifier de l'état de précarité financière dont elle se prévaut et ce alors que ses droits à demi-traitement sont susceptibles d'être conservés jusqu'au mois de février 2025 ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête de Mme C enregistrée le 29 mai 2024 sous le n° 2402147 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 1er juillet 2024 à 15h00.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Grare, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- et les observations de M. D, représentant Mme C qui reprend les moyens et arguments exposés dans ses écritures, en insistant sur ce que :

- le refus contesté a nécessairement des effets immédiatement préjudiciables sur sa situation financière puisqu'il entraîne son maintien en demi-traitement, soit environ 1 125 euros, auquel s'ajoute le complément servi par un organisme de prévoyance d'un montant 400 euros, ainsi qu'une bourse universitaire perçue par son fils étudiant qui demeure à sa charge, alors que les charges de la vie courante qu'elle supporte mensuellement s'élèvent au moins à 1 300 euros ; compte tenu du délai prévisible de jugement, il ne sera vraisemblablement statué sur sa requête au fond qu'après l'expiration des droits à rémunération tirés de son congé de longue maladie en février 2025 ; son recours contentieux a été introduit après l'échec de la médiation obligatoire qu'elle a engagée de sorte que la situation d'urgence qu'elle invoque ne lui est pas imputable ;

- elle justifie par les pièces concordantes qu'elle produit de la privation effective des garanties attachées au caractère contradictoire de la procédure et de ce qu'elle remplit les conditions d'imputabilité et de gravité justifiant que sa maladie soit reconnue comme maladie professionnelle.

- les observations de M. A représentant le recteur de l'académie d'Amiens qui reprend les arguments exposés dans ses écritures et fait état de ce que :

- l'urgence n'est pas constituée dès lors que Mme C est à demi traitement depuis le mois de février 2023 et qu'elle dispose de revenus supérieurs à ceux dont elle fait état dans sa requête, compte tenu notamment de la bourse d'études d'un montant annuel de 4 587 euros dont bénéficie son fils ;

- l'état de santé de la requérante n'est pas imputable au service comme le montrent les deux tentatives de reclassements hors de l'établissement où elle été victime d'un accident de service en 2012.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience le 1er juillet à 16h00.

Une note en délibéré a été enregistrée pour Mme C après la clôture de l'instruction le 1er juillet 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, professeure des écoles, a été victime le 1er juin 2012 d'un accident à l'intérieur de son établissement, qui a été reconnu imputable au service. Après avoir repris ses fonctions le 1er septembre 2013, elle a été placée successivement en congé de maladie ordinaire, congé de longue maladie et congé de longue durée, du 23 janvier 2014 au 31 août 2018 avant de reprendre une activité professionnelle sur d'autres fonctions. Ayant dû de nouveau interrompre son activité en raison de son état de santé, elle a été placée en congé de longue maladie non imputable au service le 21 février 2022 et a adressé à son administration, en 2023, une demande visant à ce que la dépression dont elle souffre soit reconnue comme maladie professionnelle. Par cette requête, Mme C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 par laquelle le directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Somme a rejeté cette demande.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, pour apprécier si la condition d'urgence est remplie, de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.

4. Pour établir l'urgence, ainsi qu'il lui incombe, Mme C fait valoir la situation de précarité financière résultant de la décision du 9 janvier 2024, qui, en refusant de lui accorder les droits attachés statutairement à la reconnaissance de maladie professionnelle, au nombre desquels figure notamment le maintien du plein traitement jusqu'à la reprise du service ou la mise à la retraite, a pour effet immédiat de limiter le montant de ses ressources à un niveau à peine supérieur aux charges fixes du foyer et à brève échéance, la privera de toute rémunération si son état de santé ne lui permet pas de reprendre une activité professionnelle à l'issue de son congé de longue maladie.

5. Si Mme C fait valoir dans ses écritures produites avant la clôture de l'instruction que ses ressources mensuelles, constituées de sa rémunération de fonctionnaire à demi-traitement à hauteur de 1 125 euros et d'un complément de 400 euros par un contrat de prévoyance, s'élèvent environ à 1 500 euros alors qu'elle supporte, pour elle et son fils de 19 ans, étudiant, des charges fixes de l'ordre de 1 300 euros, il résulte des échanges à l'audience, toutefois, qu'aux ressources du foyer ainsi déclarées s'ajoutent une bourse de l'enseignement supérieur allouée au fils de Mme C, d'un montant annuel de 4 587 euros, représentant 382,25 euros par mois, ainsi qu'une pension alimentaire servie par le père de ce dernier. En outre, il est constant que le passage à demi-traitement, à l'origine de la minoration de rémunération dont la requérante se plaint, est appliqué depuis le 21 février 2023 au titre du congé de longue maladie qui lui est accordé à ce jour jusqu'au 20 novembre 2024 et qui sera prolongeable jusqu'au 20 février 2025 si son état de santé le justifie. Par ailleurs, Mme C ne fait état, avant clôture de l'instruction, d'aucun élément de nature à laisser présager, à brève échéance, une dégradation significative de sa situation financière, telle qu'elle est constituée depuis plus d'un an. Dans ces circonstances, qui ne caractérisent pas la nécessité pour la requérante de bénéficier d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur le fond, l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 ne porte pas, en l'état de l'instruction, une atteinte suffisamment grave et immédiate aux intérêts dont la requérante fait état.

6. Il résulte de ce qui précède que, la condition d'urgence n'étant pas remplie, la demande de suspension doit être rejetée, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision du directeur académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Somme. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles que Mme C présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B C et au recteur de l'académie d'Amiens.

Fait à Amiens, le 12 juillet 2024.

Le juge des référés,

Signé :

C. Binand

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

N°2402245

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