mardi 11 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402256 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2023 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Il soutient que :
- il n'a jamais reçu l'arrêté du 27 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français ;
- il est pris en charge par son cousin paternel en France, est intégré et son employeur a entrepris des démarches pour qu'il obtienne un titre de séjour mention salarié ;
- il réside chez un de ses cousins à C, dans le département de la
Seine-Saint-Denis.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de mémoire en défense, et qui a versé, le 10 juin 2024, des pièces au dossier.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc né le 24 octobre 1995 est entré sur le territoire français en 2021, selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 juillet 2023, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 30 mai 2024, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la requête susvisée, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler ces deux arrêtés des 27 juillet 2023 et 30 mai 2024.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté du 27 juillet 2023 portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
2. En premier lieu, les conditions de notification d'un acte administratif sont sans incidence sur sa légalité et n'ont d'effet que sur le déclenchement du délai de recours contentieux à son encontre. Dès lors, M. B ne peut utilement se prévaloir à l'appui de ses conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 juillet 2023 de la circonstance qu'il n'a jamais reçu de courrier l'informant de sa situation. Par suite, un tel moyen ne peut qu'être écarté comme inopérant.
3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
4. Pour contester l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, M. B soutient qu'il est inséré professionnellement en France, dès lors qu'il travaille au sein de la société Iso Façades qui a entrepris des démarches pour sa régularisation, et produit à l'appui de ses allégations une confirmation de dépôt le 16 avril 2024 d'une demande d'autorisation de travail le concernant par la société Iso Façades pour un emploi de
façadier-ravaleur en contrat à durée indéterminée, avec date de début prévisionnelle au 1er mars 2024. Toutefois, cette seule circonstance est insuffisante pour caractériser une insertion professionnelle significative. A ce titre, la seule circonstance que cette société ait engagé des démarches pour régulariser sa situation administrative est sans incidence sur l'intensité des liens qu'il aurait développé sur le territoire français. Enfin, s'il soutient être " pris en charge " par son cousin paternel, et produit à ce titre une attestation de ce dernier, et résider chez un autre de ses cousins à C, ces seules circonstances ne suffisent pas à établir qu'il disposerait d'attaches privée ou familiale d'une intensité particulière en France. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels cette mesure a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigée à l'encontre de l'arrêté du 27 juillet 2023 doivent être rejetées, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur leur recevabilité.
En ce qui concerne l'arrêté du 30 mai 2024 portant assignation à résidence :
6. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". En outre, l'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
7. L'arrêté attaqué, qui porte assignation à résidence de M. B pour une durée de quarante-cinq jours sur le territoire de la commune de Beauvais et interdiction de sortir du département de l'Oise sans autorisation, lui fait obligation de se présenter les lundi, mardi et vendredi matin au commissariat de police de Beauvais. M. B soutient, à l'appui de sa requête, résider chez un de ses cousins à C, dans le département de la Seine-Saint-Denis.
8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. B a été assigné sur le territoire de la commune de Beauvais au seul motif qu'il s'agissait de son lieu d'interpellation et qu'il n'a pas, durant sa retenue pour vérification de ses droits au séjour à la suite de son interpellation, justifié de son adresse à C. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de l'attestation de la personne attestant l'héberger depuis le 1er avril 2023, que le requérant, ainsi qu'il l'a d'ailleurs déclaré lors de son audition par les services de police le 30 mai 2024, justifie résider chez un de ses cousins au 12 avenue Liegeard sur le territoire de la commune de C dans le département de la Seine-Saint-Denis. Par suite, en assignant M. B sur le territoire de la commune de Beauvais où il ne dispose pas d'un quelconque lien ou domicile, la préfète de l'Oise a fait une inexacte application des dispositions citées au point 6 du présent jugement.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 30 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné M. B à résidence est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISI
La greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026