mercredi 12 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402265 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | AKHZAM KHADIJA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juin 2024, M. B D, représenté par Me Akhzam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté daté du 9 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a prononcé son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est inopposable à son encontre dès lors qu'il ne mentionne pas son identité ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une méconnaissance de son droit à être entendu préalablement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du point 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant';
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est entachée d'incompétence ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est entachée d'incompétence de son auteur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2024, la préfète de l'Oise, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant géorgien né le 25 février 2002, est entré sur le territoire français en 2012, selon ses déclarations. Par un arrêté du 9 juin 2024, la préfète de l'Oise a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par ailleurs, par un arrêté du 6 juin 2024, la préfète de l'Oise a ordonné l'assignation à résidence de M. D pour une durée de 45 jours. Par la requête susvisée, M. D demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, si l'arrêté attaqué a été pris à l'encontre de M. B E, et non M. B D, ainsi que le requérant atteste se nommer en produisant une copie de son passeport, il ressort toutefois des termes de cet arrêté que la date et le lieu de naissance ainsi que le prénom et la nationalité du ressortissant étranger objet de la décision litigieuse sont identiques à ceux mentionnés sur le passeport produit par le requérant. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a affirmé, lors de son interpellation et son audition par les services de police le 6 juin 2024, s'appeler M. B E et être le fils de Mme A C, qui est identifiée, dans l'attestation d'hébergement qu'il produit, comme sa mère avec laquelle il réside. Enfin, il ressort des écritures en défense de la préfète de l'Oise qu'elle se prévaut, sans être contestée, d'une erreur de plume. Par suite, la seule circonstance que la préfète de l'Oise ait commis une erreur de plume en ce qui concerne son nom de famille est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Un tel moyen ne peut qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : /- le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de cette obligation, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été entendu le 6 juin 2024 par les services de la police à la suite de son interpellation, la veille, notamment sur l'irrégularité de son séjour en France, ainsi que sur l'éventualité de faire l'objet d'une décision d'éloignement, éventuellement assortie d'une assignation à résidence. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'allègue pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services préfectoraux, ni même avoir été empêché de présenter des observations ou des documents avant que ne soit prise la décision d'éloignement prise à son encontre, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu préalablement à l'édiction de la décision contestée doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ". Aux termes du point 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
6. M. D se prévaut de son arrivée en France à l'âge de 10 ans en 2012, de la circonstance qu'il n'a jamais quitté le territoire français depuis son arrivée il y a douze ans et qu'il y a été scolarisé, et de la présence de sa sœur et de sa mère en France, dont il dépend entièrement, sans toutefois produire de pièces à l'appui de ses allégations. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'il a été condamné à deux reprises, le 26 février 2024 par le tribunal correctionnel de Senlis à 4 mois d'emprisonnement pour des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants et le 2 février 2024 par le tribunal judiciaire de Senlis à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, récidive, et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits commis entre 2019 et 2022 notamment la destruction d'un bien par un moyen dangereux pour les personnes, commise en raison de la qualité de personne dépositaire de l'autorité publique de son propriétaire ou utilisateur en 2020, la cession, détention, offre, acquisition non autorisée et usage illicite de stupéfiants en 2021, et l'usage illicite de stupéfiants, conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants en 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que sa demande de titre de séjour a été rejetée le 21 juin 2023, que sa mère avec laquelle il allègue résider est en situation irrégulière et qu'il est célibataire et sans enfant à charge. Enfin, le requérant n'établit ni même n'allègue être inséré socialement ou professionnellement sur le territoire français. Dans ces conditions, M. D ne justifie pas d'une intégration ancienne, stable et intense sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En quatrième lieu, M. D, est célibataire et sans enfant à charge, ne saurait se prévaloir du point 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant à son encontre dès lors qu'il est constant qu'il est majeur et ne constitue pas un enfant au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
8. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
9. En deuxième lieu, les moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, l'exception d'illégalité de cette décision, invoquée par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écartée par voie de conséquence.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstances particulières, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D s'est maintenu sur le territoire français après le rejet de sa demande de titre de séjour le 21 juin 2023. Dans ces conditions, c'est à bon droit que la préfète de l'Oise a considéré, en se fondant sur le 3° de l'article L. 612-2 et le 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Par ailleurs, ainsi qu'il l'a été dit au point 6 du présent jugement, M. D a été condamné le 2 février 2024 à 3 mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis, récidive le 26 février 2024 à 4 mois d'emprisonnement pour des faits d'infractions à la législation sur les stupéfiants, et est défavorablement connu des services de police pour des faits commis entre 2019 et 2022 notamment la destruction d'un bien par un moyen dangereux pour les personnes, commise en raison de la qualité de personne dépositaire de l'autorité publique de son propriétaire ou utilisateur en 2020, la cession, détention, offre, acquisition non autorisée et usage illicite de stupéfiants en 2021, et l'usage illicite de stupéfiants, conduite d'un véhicule sans permis en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants en 2022. Ainsi, à supposer qu'il présente des garanties de représentation, la menace qu'il représente à l'ordre public suffit également à justifier qu'aucun délai de départ volontaire ne lui ait été accordé. Par suite, et alors qu'il résulte de l'instruction que la préfète se serait fondée sur ce seul motif pour refuser de lui délivrer un délai de départ volontaire, l'autorité préfectorale n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées. Un tel moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
12. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation des arrêtés de la préfète de l'Oise datés du 6 et du 9 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISI
La greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026