jeudi 20 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | Billel ZEKRI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 8 juin 2024, la présidente de la 3ème chambre du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif d'Amiens les requêtes, enregistrées le 7 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, présentées par M. A C B.
Par une ordonnance du 17 juin 2024, la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a, en application de l'article R. 776-16 du code de justice administrative, transmis au tribunal au tribunal administratif d'Amiens la requête, enregistrée le 6 juin 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris, présentée par M. A C B.
I/ Par une requête, enregistrée sous le n° 2402278 le 8 juin 2024, M. A C B, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté n'a pas été précédé d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;
- il méconnait son droit à faire valoir ses observations de manière utile et assisté d'un interprète dans une langue qu'il comprend ;
- il appartient à la préfète de justifier de la régularité de la procédure préalable à la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales et traitement des antécédents judiciaires ;
- cet arrêté porte une atteinte manifestement disproportionnée au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale et est, de ce fait, entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète de l'Oise, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comprend aucun moyen et aucune conclusion et n'est pas motivée ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
II/ Par une requête, enregistrée sous le n° 2402279 le 8 juin 2024, M. A C B, représenté par Me Zekri, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté n'a pas été précédé d'un examen complet et sérieux de sa situation personnelle et familiale ;
- il méconnait son droit à faire valoir ses observations de manière utile préalablement à l'édiction de la décision querellée ;
- il appartient à la préfète de justifier la raison pour laquelle il a été assigné à résidence sur le territoire de la commune de Crépy-en-Valois, dès lors que rien ne justifie le recours à ce lieu alors qu'il réside à Nanterre ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, la préfète de l'Oise, conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte aucun moyen ni aucune conclusion et n'est pas motivée ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
III/ Par une requête, enregistrée sous le n° 2402403 le 17 juin 2024, M. A C B doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués ont été pris par une autorité incompétente ;
- ils sont insuffisamment motivés ;
- la préfète a méconnu le principe du respect des droits de la défense ;
- ces arrêtés sont entachés d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;
- ils portent une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale et/ou méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant.
Le dossier de la requête a été communiquée à la préfète de l'Oise, qui n'a pas produit de pièces dans la présente instance.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Parisi, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 juin 2024 :
- le rapport de Mme Parisi, magistrate désignée,
- les observations de Me Zekri, représentant M. B, non-présent, qui indique se désister de la requête n°2402403, abandonner le moyen, tiré de la méconnaissance du droit du requérant à faire valoir ses observations de manière utile, soulevé dans les requêtes n°s 2402278 et 2402279, et maintient ses conclusions et autres moyens qu'il précise en faisant valoir en outre que les arrêtés litigieux sont entachés d'incompétence à défaut pour la préfète de justifier de la publication régulière de la délégation de signature dont elle se prévaut au recueil des actes administratifs de la préfecture.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C B, ressortissant marocain né le 25 février 1992, a déclaré être entré sur le territoire français en octobre 2022. Par un arrêté du 5 juin 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par ailleurs, par un arrêté du même jour, la préfète de l'Oise a ordonné l'assignation à résidence de M. B pour une durée de 45 jours. Par les requêtes susvisées, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes introduites par M. B et enregistrées au greffe du tribunal administratif d'Amiens sous les numéros 2402278, 2402279 et 2402403 concernent la situation d'un même requérant, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2402403 :
3. M. B a indiqué à l'audience, par l'intermédiaire de son conseil, se désister de sa requête n° 2402403. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il lui en soit en donné acte.
Sur la requête n° 2402278 :
4. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au numéro spécial daté du même jour du recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, mis en ligne sur le site internet de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer en toutes matières, tous actes, arrêtés, correspondances, décisions, requêtes et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département de l'Oise à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figure pas l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que la préfète a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en visant l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en indiquant que M. B était de nationalité marocaine et n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine, la préfète a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de renvoi. En outre, la décision refusant à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise le 3° de l'article L. 612-2 et les 2°, 7° et 8° de l'article L. 612-3 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que la préfète a pris en compte pour l'édicter, notamment les circonstances que M. B s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Enfin, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne la date d'entrée sur le territoire français qu'a déclarée l'intéressé, la nature de ses attaches en France, et la circonstance qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de conduite sans permis et sur la circonstance qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Ainsi, l'arrêté contesté, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de fait relatifs à la situation de M. B, énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de manière suffisamment circonstanciée pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté litigieux doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle doit être écarté.
6. En troisième lieu, le II de l'article 1er du décret du 8 avril 1987 relatif au fichier automatisé des empreintes digitales géré par le ministère de l'intérieur dispose, dans sa rédaction applicable à la date des arrêtés attaqué, que : " Est également autorisée, dans les conditions prévues au présent décret, la consultation du traitement automatisé des empreintes digitales : / - en vue de permettre l'identification d'un étranger dans les conditions prévues à l'article L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". L'article 8 de ce décret prévoit : " Les fonctionnaires et militaires individuellement désignés et habilités des services d'identité judiciaire de la police nationale, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie nationale ainsi que des unités de recherches de la gendarmerie nationale peuvent seuls avoir accès aux données à caractère personnel et aux informations contenues dans le traitement : / () 3° Pour procéder aux opérations d'identification à la demande des officiers de police judiciaire de la police nationale ou de la gendarmerie nationale en vertu des dispositions des articles L. 611-1-1 , L. 611-3 et L. 611-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile () ". Aux termes de l'article L. 142-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reprenant les dispositions de l'article L. 611-4 du même code : " En vue de l'identification d'un étranger qui n'a pas justifié des pièces ou documents mentionnés à l'article L. 812-1 ou qui n'a pas présenté à l'autorité administrative compétente les documents de voyage permettant l'exécution d'une décision de refus d'entrée en France, d'une interdiction administrative du territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une mesure de reconduite à la frontière, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français ou d'une peine d'interdiction du territoire français ou qui, à défaut de ceux-ci, n'a pas communiqué les renseignements permettant cette exécution, les données des traitements automatisés des empreintes digitales mis en œuvre par le ministère de l'intérieur peuvent être consultées par les agents expressément habilités des services de ce ministère dans les conditions prévues par le règlement (UE) 2016/679 du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard des traitements des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données et par la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ".
7. Il ressort des pièces du dossier qu'alors que M. B, lors de son interpellation le 4 juin 2024, n'était pas en possession de documents permettant d'apprécier son droit de circuler ou de séjourner sur le territoire national, un officier de police judiciaire de la gendarmerie nationale a procédé à la consultation des fichiers automatisés. Dès lors que l'article 8 du décret du 8 avril 1987 prévoit la possibilité pour les fonctionnaires individuellement désignés et habilités d'avoir accès au traitement automatisé des empreintes digitales et palmaires au cours de l'enquête conduite par l'administration dans le cadre de ses pouvoirs de police, la circonstance que l'agent ayant procédé à cette consultation n'ait pas été individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, et à la supposer établie, de nature à entacher d'irrégularité la décision en litige. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation du fichier automatisé des empreintes digitales doit donc être écarté.
8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. M. B soutient résider en France depuis 2021 de manière ininterrompue, et disposer d'attaches familiales, personnelles et professionnelles sur le territoire français dès lors qu'il y exerce une activité professionnelle et que son frère y réside en situation régulière. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'il a affirmé aux services de gendarmerie ayant procédé à son audition le 5 juin 2024 être entré en France en octobre 2022, et qu'il a été titulaire d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires françaises de Rabat au Maroc, valable du 9 juin au 9 septembre 2022, de telle sorte qu'il n'établit pas être entré en France en 2021 comme il l'affirme. En outre, s'il se prévaut de la circonstance qu'il exerce une activité professionnelle comme chauffeur-livreur, cette seule circonstance est insuffisante pour caractériser une insertion professionnelle significative sur le territoire français, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier qu'il exerce cette activité sans être titulaire d'un permis de conduire valable, objet de son interpellation par les services de gendarmerie nationale. Enfin, la seule présence de son frère en situation régulière sur le territoire français, à la supposer même avérée, ne suffit pas à établir qu'il disposerait d'attaches suffisamment anciennes et stables sur le territoire national. Dans ces conditions, compte tenu de son arrivée récente sur le territoire français et eu égard à la circonstance qu'il a déclaré être célibataire et sans enfant et que la majorité de sa famille réside dans son pays d'origine, au Maroc, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions de la requête n° 2402278 tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions d'injonction de la requête et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.
Sur la requête n° 2402279 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Oise :
11. Aux termes de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. (). Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. ".
12. Il ressort de la requête introductive d'instance introduite par M. B que ce dernier demande explicitement l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2024 en invoquant à l'appui de ses conclusions plusieurs moyens de légalité externe et interne, suffisamment motivés. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de ce que la requête ne comporte ni conclusion ni moyen ni motivation, doit être écartée.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
13. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
14. Si les décisions d'assignation à résidence prévues par les dispositions citées au point précédent ne sont pas assimilables à des mesures privatives de liberté, les modalités de ces mesures susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative doivent être adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent. Elles ne sauraient, sous le contrôle du juge administratif, porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir.
15. Il ressort de l'arrêté attaqué du 5 juin 2024 que M. B a été assigné sur le territoire de la commune de Crépy-en-Valois avec interdiction de quitter le département de l'Oise au seul motif qu'il s'agissait de son lieu d'interpellation et alors qu'il n'a pas durant sa retenue pour vérification de ses droits au séjour à la suite d'une interpellation, justifié de l'adresse qu'il déclare à Nanterre, dans le département des Hauts-de-Seine. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B justifie, par les multiples pièces qu'il produit, résider au 101 allée Aquitaine, sur le territoire de la commune de Nanterre. Dans ces conditions, en assignant l'intéressé à Crépy-en-Valois où il ne dispose pas d'un quelconque lien ou domicile, la préfète de l'Oise a fait une inexacte application des dispositions et principes cités aux points précédents.
16. Il résulte de ce tout ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cet arrêté, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq-jours.
Sur les frais d'instance :
17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement de la requête de M. B enregistrée sous le n° 2402403.
Article 2 : La requête présentée par M. B sous le n° 2402278 est rejetée.
Article 3 : L'arrêté du 5 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a assigné M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2402279 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé :
J. PARISI
La greffière,
Signé :
S. GRARE
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2402278 et 2402279 et 2402403
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026