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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402308

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402308

jeudi 22 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU3
Avocat requérantNDIAYE

Résumé IA

Le Tribunal administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. A B, ressortissant arménien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Somme du 17 mai 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant l'Arménie comme pays de destination et lui interdisant le retour pour trois ans. Le juge a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que la mesure était justifiée par la menace à l'ordre public et l'absence d'attaches familiales stables en France. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 31 mai 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Lille a, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif d'Amiens la requête, enregistrée le 19 mai 2024 au greffe du tribunal administratif de Lille, présenté par M. A B.

Par une requête, enregistrée le 11 juin 2024 M. A B, représenté par Me Ndiaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme l'a obligé à quitter le territoire francais sans délai, a fixé l'Arménie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer une attestation provisoire de séjour, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de dix euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnait l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables de pays tiers en séjour irrégulier ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2024.

Par mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il considère qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de M. Truy, premier conseiller honoraire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant arménien né le 30 juin 1984, déclare être entré sur le territoire français en mai 2022. Sa demande d'asile, en date du 14 juin 2022, a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés du 26 septembre 2022 confirmée par la Cour Nationale du Droit d'Asile le 7 février 2023. Par une décision du 11 juin 2024, le préfet de la Somme a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, au motif que l'intéressé représente une menace à l'ordre public et qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 22 décembre 2022.

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2024, régulièrement publié le même jour au numéro spécial du recueil des actes administratifs de la préfecture de la Somme, le préfet de ce département a donné délégation à Emmanuel Moulard, secrétaire général de la préfecture de la Somme, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Somme à l'exclusion de certaines mesures limitativement énumérées au nombre desquelles ne figurent pas les actes et décisions concernant le séjour et l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé, il ressort des pièces du dossier que cette décision vise les dispositions législatives dont elle fait application et indique les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Au surplus, le requérant ne démontre pas s'être prévalu devant l'autorité administrative de circonstances particulières dont le défaut de mention constituerait un vice de motivation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé est manifestement infondé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables de pays tiers en séjour irrégulier : " Lorsqu'ils mettent en œuvre la présente directive, les Etats membres tiennent dûment compte : a) De l'intérêt supérieur de l'enfant ; b) De la vie familiale ". Et selon l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale de son domicile et de ses communications ".

5. Il ressort de la décision attaquée que pour prononcer sa décision, l'autorité préfectorale s'est fondée sur les circonstances de faits selon lesquelles le requérant avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai le 22 décembre 2022, d'une interpellation le 15 mai 2024 pour non-respect d'une ordonnance de protection du juge aux affaires familiales, lui interdisant d'entrer en contact avec son épouse et ses quatre enfants et d'une condamnation le 7 juin 2023, à huit mois d'emprisonnement par la Cour d'appel d'Amiens pour violences aggravées et menace de mort sur son épouse et sa fille. Dans ces conditions, le requérant, qui n'établit pas le rejet de la demande formulée de la mise en place d'un dispositif anti-rapprochement, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations précitées des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 5 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 2. Les États parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées. / 3. Les États parties veillent à ce que le fonctionnement des institutions, services et établissements qui ont la charge des enfants et assurent leur protection soit conforme aux normes fixées par les autorités compétentes, particulièrement dans le domaine de la sécurité et de la santé et en ce qui concerne le nombre et la compétence de leur personnel ainsi que l'existence d'un contrôle approprié ".

7. Pour les mêmes raisons que celles énoncées au point précédent, la décision attaquée, ne méconnait pas l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de l'intéressé et d'une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Somme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 août 2024

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

S. Fortier

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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