mardi 18 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402354 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 13 et 17 juin 2024, M. A B, représenté par Me Saglam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le Bénin comme pays de destination en cas d'exécution d'office de la mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure ;
3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour revêtu de la mention "vie privée et familiale", dans le délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est signé par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur un refus de titre illégal ;
- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle méconnait les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste de l'appréciation de sa situation personnelle ;
- l'arrêté l'assignant à résidence est illégal, dès lors qu'il se fonde sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'élément en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rondepierre, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 18 juin 2024, à 15 heures.
Le rapport de Mme Rondepierre, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience, à l'issue de laquelle a été prononcée la clôture d'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant albanais, né le 16 septembre 1981, déclare être entré en France en 2016. Par deux arrêtés du 12 juin 2024, la préfète de l'Oise, d'une part, a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé l'Albanie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la compétence du magistrat désigné :
2. Il résulte des dispositions des articles L. 614-8 et L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, qu'il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français dont il pourrait être saisi, ainsi que des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais du litige. En revanche, il n'appartient pas au juge désigné de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de séjour.
3. Par suite, il y a lieu de renvoyer devant une formation collégiale les conclusions présentées en ce sens par M. B ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui leur sont accessoires.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Le requérant soutient, sans être contredit, d'une part, résider en France avec son épouse et leurs trois enfants, aux besoins desquels il subvient grâce à ses revenus, alors que son épouse ne travaille pas, d'autre part, que la demande de délivrance de titre de séjour présentée par cette dernière le même jour que lui, est en cours d'instruction. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B aurait pour effet, durant l'examen de la demande de son épouse, de séparer le couple et leurs enfants et doit, pour ce motif et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens présentés par le requérant à l'appui de ses conclusions dirigées à l'encontre de cette décision, être annulée.
5. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B le 12 juin 2024 doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions prises sur son fondement. Par suite, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que celle de l'arrêté l'assignant à résidence.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 12 juin 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a refusé à M. B la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte qui en sont l'accessoire sont renvoyées à une formation collégiale du présent tribunal.
Article 2 : L'arrêté du 12 juin 2024 de la préfète de l'Oise est annulé en tant qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ensemble l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.
Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. Rondepierre
Le greffier,
Signé
N. Verjot
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
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