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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402368

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402368

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantQUENNEHEN-TOURBIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée 13 juin 2024, M. B A C, représenté Me Tourbier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de

1 500 euros au titre des dispositions de l' article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il porte une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale.

Le préfet de la Somme a produit des pièces le 3 juillet 2024.

M. A C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle au taux de 25 % par une décision du 10 juillet 2024.

Par une ordonnance du 18 juin 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 18 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Le Gars,

- et les observations de Me Delort, substituant Me Tourbier, représentant M. A C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant de la République du Congo, né le 8 janvier 1970, déclare être entré en France le 2 juillet 2021. Il a sollicité son admission au séjour le 2 juillet 2022 mais a vu cette demande rejetée par un arrêté du 4 août 2022 qui lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé comme pays de destination la République du Congo. Le 9 avril 2024, l'intéressé a déposé une demande de titre de séjour portant la mention "vie privée et familiale". Par un arrêté du 23 mai 2024 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo comme pays de destination.

2. En premier lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à

M. A C vise les dispositions légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde et précise les éléments de la situation personnelle et professionnelle que le préfet a pris en considération pour le prendre. Par ailleurs, la décision obligeant M. A C à quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision lui refusant un titre de séjour. En outre, en indiquant que M. A C n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en République du Congo, le préfet a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Enfin, la décision accordant à M. A C le bénéfice d'un délai de départ volontaire de trente jours n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte en l'absence de demande par l'intéressé d'un délai plus long que celui de droit commun. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A C, qui déclare être en France depuis le 2 juillet 2021, ne justifie pas d'une ancienneté particulière de présence sur le territoire français, où il n'exerce pas d'activité professionnelle déclarée. Si l'intéressé se prévaut d'être uni par un pacs depuis le 15 novembre 2021 à une ressortissante française avec laquelle il soutient vivre depuis son entrée en France, il n'apporte pas d'élément permettant d'établir l'antériorité de leur communauté de vie. Par ailleurs, l'intéressé établit avoir participé, en tant que bénévole, à des formations portant sur l'apprentissage du français et à l'accompagnement à la scolarité de collégiens. Toutefois, et alors qu'il n'a pas déféré à une précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 4 août 2022, ces circonstances ne permettent pas, à elles seules, de démontrer qu'il serait particulièrement intégré dans la société française. Enfin, l'intéressé n'établit pas à l'appui de ses allégations, d'une part, qu'il subirait un lourd traitement thérapeutique faisant obstacle à la mesure d'éloignement ni, d'autre part, qu'il serait dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie jusqu'à l'âge de 51 ans. Dans ces conditions, au regard de la durée de son séjour en France et du caractère récent de sa relation,

M. A C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C, à Me Tourbier et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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