mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402419 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2024, Mme A C, représentée par Me Chartrelle, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de la transférer aux autorités chypriotes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, afin que sa demande d'asile soit examinée en France, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas établi que les brochures requises lui ont été remises dans une langue qu'elle comprend ;
- cet arrêté méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que rien n'atteste que l'entretien dont elle devait bénéficier s'est tenu dans les conditions requises par les textes, notamment qu'il a été mené par une personne qualifiée, avec l'aide d'un interprète ;
- il n'est pas établi, en méconnaissance des articles 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013, que les autorités chypriotes auraient été destinataires d'une demande de prise en charge et qu'elles auraient accepté celle-ci ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- l'arrêté méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013.
Le préfet du Nord n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le
20 juin 2024.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lapaquette, premier conseiller, pour statuer notamment en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert, assorties ou non d'une décision de placement en rétention ou d'assignation à résidence.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 octobre 2023 :
- le rapport de M. Lapaquette, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Chartrelle, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens. Me Chartrelle soutient en outre que le préfet du Nord n'établit pas que l'agent, dont l'identité est inconnue, ayant mené l'entretien individuel du 8 mars 2024 était qualifié en vertu du droit national et, qu'en application de la décision n°472861 du Conseil d'Etat du 19 janvier 2024, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5.5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit, par conséquent, être accueilli. Me Chartrelle soutient également que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 17 du même règlement dès lors que des défaillances systémiques affectent le traitement des demandes d'asile par les autorités chypriotes du fait notamment des délais de réponse anormalement longs à celles-ci et des conditions insatisfaisantes d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile.
L'instruction a été close après que Me Chartrelle ait présenté ses observations orales.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C est une ressortissante de la République démocratique du Congo, née le 21 mars 2002. Elle a présenté une demande d'asile le 8 mars 2024. Par un arrêté du 7 juin 2024 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités chypriotes pour l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les Etats membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".
3. S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national.
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a bénéficié d'un entretien individuel réalisé à la préfecture de l'Oise le 8 mars 2024. Toutefois, en l'absence de toute indication sur le compte-rendu permettant d'identifier l'agent ayant conduit l'entretien, notamment du fait de la seule mention " agent instructeur n°6 UB ", et le préfet du Nord n'apportant aucun élément, dans les pièces produites, de nature à établir sa qualité, qui est contestée par la requérante, l'entretien ne peut être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national au sens de l'article 5.5 du règlement du 26 juin 2013. Les circonstances que le compte-rendu de cet entretien, mentionne que celui-ci a été " conduit par un agent qualifié de la préfecture de l'Oise " sont insuffisantes à cet égard, à défaut d'élément permettant d'identifier cet agent et de s'assurer qu'il figure au nombre des agents habilités par le préfet à mener un tel entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, le moyen retenu étant le mieux à même de régler le présent litige, que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2024 par lequel le préfet du Nord a décidé de son transfert aux autorités chypriotes.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de Mme C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans cette attente, une attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure Dublin ".
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 7 juin 2024 du préfet du Nord est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Nord de réexaminer la situation de Mme C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai, dans cette attente, une attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure Dublin ".
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Chartrelle et au préfet du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
signé
A. Lapaquette La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026