mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOURIRINE-BENATMANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 février 2024 au tribunal administratif de Paris et transmise le 14 juin 2024 au tribunal administratif d'Amiens, M. A B représenté par Me Touririne-Benatmane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours et a fixé les conditions d'exécution de cette mesure ;
3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer un titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce délai ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français est signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'ancienneté de son séjour en France, des éléments de sa vie privée et familiale et de sa situation professionnelle ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que sa vie privée et familiale se situe en France ;
- l'assignation à résidence est illégale, dès lors qu'elle se fonde sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que sa durée est fixée à 3 ans.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rondepierre, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 25 juin 2024, à 10 heures.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Rondepierre, magistrate désignée, qui a indiqué, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence dont les effets sont épuisés, et qui ont, par suite, perdu leur objet.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 27 septembre 1993, déclare être entré en France le 1er août 2021. Par un arrêté du 22 janvier 2024, la préfète de l'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et a fixé les modalités d'exécution de cette mesure. M. B demande l'annulation des deux arrêtés.
Sur le non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre l'arrêté assignant M. B à résidence :
2. Il est constant que M. B a eu connaissance de l'arrêté par lequel la préfète de l'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours au plus tard le 28 février 2024, date à laquelle a été enregistrée sa requête auprès des services du greffe du tribunal administratif de Paris. Par ailleurs, à supposer même que cet arrêté ait fait l'objet d'un renouvellement, ce qui ne ressort au demeurant d'aucune pièce du dossier, les effets d'une telle mesure auraient, en tout état de cause, cessé au plus tard le 29 mai 2024. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre cet arrêté ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté obligeant M. B à quitter le territoire français :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision obligeant M. B à quitter le territoire français vise le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale sur lesquels s'est fondée l'autorité préfectorale. En outre, la décision refusant à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire vise le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments de sa situation personnelle et familiale que la préfète a pris en compte pour l'édicter. Par ailleurs, en indiquant que M. B n'établissait pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Tunisie, l'autorité préfectorale a également suffisamment motivé sa décision fixant le pays de destination. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté qu'il conteste serait entaché d'une insuffisance de motivation, ni d'un défaut d'examen de sa situation.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
6. Si M. B soutient être entré en France le 1er août 2021, il ne justifie de la régularité ni de son entrée, ni de son séjour en France et ne soutient, ni même n'allègue avoir entamé de démarche en vue de régulariser sa situation. Par ailleurs, en se bornant à se prévaloir d'un formulaire de demande d'autorisation de travail en vue d'occuper un emploi de technicien polyvalent au sein d'une entreprise de télécommunications, ainsi que d'une lettre de recommandation, au demeurant rédigée postérieurement à la décision litigieuse, il ne démontre ni l'ancienneté, ni l'effectivité de l'emploi qu'il prétend occuper, ni, en tout état de cause, la nécessité de cet emploi pour son employeur, non plus que l'impossibilité dans laquelle il se trouverait de poursuivre un emploi équivalent dans son pays d'origine. Dans ces conditions, l'intéressé, qui est célibataire, n'a pas d'enfant et ne se prévaut d'aucune attache particulière en France, n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire, prononcée à son encontre le 22 janvier 2024, porte une atteinte disproportionnée à sa vie personnelle et familiale, sans qu'il puisse par ailleurs utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors, notamment, que l'arrêté qu'il conteste n'a pas pour objet de refuser de lui octroyer un titre de séjour.
7. En dernier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L.612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne justifie pas d'une ancienneté de séjour importante sur le territoire français, où il n'établit pas d'intégration particulière. Alors même qu'il est constant qu'il n'a pas fait l'objet de mesure d'éloignement et que son comportement ne présente pas de menace pour l'ordre public, M. B, dont les éléments de la vie privée et familiale ont été présentés au point 6 du présent jugement, n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an, qui est par ailleurs suffisamment motivée, serait entachée d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 janvier 2024 obligeant M. B à quitter le territoire français doivent être rejetées, y compris ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles qu'il présente sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 22 janvier 2024 assignant M. B à résidence pour une durée de 45 jours.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la préfète de l'Oise et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.
La magistrate désignée,
Signé
A. Rondepierre
Le greffier,
Signé
J.-F. Langlois
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026