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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402459

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402459

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 18 juin 2024 et 19 août 2024, M. A B, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a refusé son admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

- la préfète de l'Oise s'est estimée à tort en situation de compétence liée en refusant de faire usage de son pouvoir général de régularisation ;

- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur de fait révélant une discrimination, la préfète de l'Oise ayant retenu la circonstance que son autorisation de travail aurait été signée par un compatriote ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juillet 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fumagalli, conseiller ;

- et les observations de Me Bertrand Capizzano, substituant Me Le Gall, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 19 avril 1998 est entré sur le territoire français en 2016 selon ses déclarations. L'intéressé a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 mai 2024, dont M. B demande l'annulation par la présente requête, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination de la mesure d'éloignement.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à un examen complet et personnalisé de la situation du requérant avant d'édicter l'arrêté litigieux.

3. En second lieu, contrairement à ce que soutient M. B, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Oise s'est estimée en situation de compétence liée. Par ailleurs, l'administration a appliqué les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui confèrent à la préfète la possibilité de régulariser un étranger en situation irrégulière. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

4. En premier lieu, l'erreur de fait dont se prévaut M. B n'est pas établie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant à charge. Il n'établit ni même n'allègue avoir des liens réguliers avec son cousin qui réside en France. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant est employé par la société AH2S en tant que carreleur depuis janvier 2020, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée. Toutefois, s'il produit des bulletins de salaire pour la plupart des mois des années 2020, 2021, 2022, 2023 et 2024, il ne peut être regardé comme justifiant d'un motif exceptionnel dès lors, notamment, que ces bulletins ne couvrent qu'une partie de la période litigieuse et que la majorité d'entre eux fait état d'une faible activité à temps partiel se traduisant par une rémunération mensuelle de l'ordre de 200 euros net jusqu'en décembre 2022. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Compte tenu de ce qui a été exposé au point 6 et de la circonstance que le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Egypte, où réside sa mère et où il a vécu la majeure partie de sa vie, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er du protocole additionnel de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens. Nul ne peut être privé de sa propriété que pour cause d'utilité publique et dans les conditions prévues par la loi et les principes généraux du droit international. Les dispositions précédentes ne portent pas atteinte au droit que possèdent les Etats de mettre en vigueur les lois qu'ils jugent nécessaires pour réglementer l'usage des biens conformément à l'intérêt général ou pour assurer le paiement des impôts ou d'autres contributions ou des amendes. ".

11. La décision attaquée constitue une mesure de police administrative ayant pour objet l'éloignement de M. B du territoire français, de sorte que le requérant ne peut utilement invoquer l'atteinte au droit au respect de ses biens au sens des stipulations précitées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Lebdiri, président,

M. Richard, premier conseiller,

M. Fumagalli, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le président,

Signé

S. Lebdiri

Le rapporteur,

Signé

E. Fumagalli La greffière,

Signé

Z. Aguentil

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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