jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402476 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 juin 2024, Mme B A, représenté par Me Nzamba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo (Brazzaville) comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure, ensemble la décision du 29 mai 2024 par laquelle la préfète de l'Oise a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure méconnaissant le droit d'être entendu consacré par le droit de l'Union européenne ;
- le refus de délivrance d'un titre de séjour est entaché d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 9 de la convention du 31 juillet 1993 entre la République française et la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes dès lors que le préfet a ajouté une condition de sérieux des études au renouvellement de son titre de séjour ;
- le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention du 31 juillet 1993 et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Brazzaville le 31 juillet 1993 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Richard, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante de la République du Congo née le 19 septembre 2003, est entrée sur le territoire français le 9 octobre 2021, sous couvert d'un visa de long séjour. Le 26 septembre 2023, elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par un arrêté du 28 mars 2024, le préfet du Nord a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé la République du Congo (Brazzaville) comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure. Mme A a présenté à la préfète de l'Oise un recours gracieux contre cet arrêté qui a été rejeté par une décision du 29 mai 2024. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre / () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui s'adresse, non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.
3. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu est ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour.
4. Mme A n'établit, ni même n'allègue, qu'elle aurait été empêchée de porter à la connaissance des services préfectoraux des informations utiles avant que soit prise à son encontre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour aurait été pris à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 9 de la convention du 31 juillet 1993 entre la République française et la République du Congo relative à la circulation et au séjour des personnes : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants ". Ces stipulations permettent à l'administration d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies.
6. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le préfet n'a pas commis une erreur de droit en considérant, au regard des stipulations de l'article 9 de la convention susmentionnée, que le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " était subordonné au caractère sérieux de ses études.
7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en le 9 octobre 2021 afin d'y effectuer des études et s'est inscrite en première année de licence d'économie et de gestion. Si Mme A soutient envisager de se réorienter dans le domaine du transport et de la logistique et se prévaut de son obésité morbide qui affecterait sa confiance en elle et lui causerait de l'anxiété, elle a été ajournée à ses examens à l'issue des années universitaires 2021-2022, avec une moyenne de 7,04/20, puis 2022-2023, avec une moyenne de 8,53/20. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif que ses études ne présentaient pas un caractère réel et sérieux et en prenant l'arrêté attaqué, le préfet du Nord n'a ni méconnu les dispositions précitées de l'article 9 de la convention du 31 juillet 1993 ni commis d'erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, ainsi que, par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Lebdiri, président,
- M. Fumagalli, conseiller,
- M. Richard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. Richard
Le président,
Signé
S. Lebdiri
La greffière,
Signé
Z. Aguentil
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
No 2402476
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