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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402489

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402489

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402489
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens (2ème chambre) a annulé l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme avait refusé un titre de séjour à Mme A, mère de deux enfants français, et l'avait obligée à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la requérante justifiait contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants depuis leur naissance, conformément à l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est l'annulation de l'arrêté préfectoral pour erreur d'appréciation, le préfet ayant méconnu les conditions légales de délivrance du titre de séjour sollicité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, Mme D A, représentée Me Chartrelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Somme lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Somme de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, la somme de

1 500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- le préfet a entaché son arrêté d'illégalité en se fondant sur la circonstance que le père de leurs deux enfants français ne contribuait pas à leur entretien et à leur éducation ;

- elle remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour prévues par les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense du 23 juillet 2024, le préfet de la Somme conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mai 2024.

Par ordonnance du 9 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-648 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Le Gars.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante de la République du Congo, née le 25 juin 1990, est entrée sur le territoire français le 4 novembre 2021, munie d'un visa de court séjour. Le 17 juillet 2023, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mai 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Somme a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est la mère de deux enfants français nés le 4 juillet 2020, reconnus le 6 mars 2020 par leur père, M. B C, de nationalité française. Ces enfants vivent avec la requérante depuis leur naissance, de sorte que Mme A doit être regardée comme justifiant de la contribution à leur entretien et de leur éducation depuis leur naissance au sens des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la requérante, qui est séparée du père des enfants depuis le 19 juin 2023, se prévaut d'un jugement du juge aux affaires familiales du 19 avril 2024, antérieur à la décision attaquée, par lequel le juge a constaté l'exercice en commun par les deux parents de l'autorité parentale à l'égard des enfants, a fixé sa résidence habituelle au domicile de la mère et a également fixé le montant de la contribution à l'entretien et à l'éducation des enfants que doit verser M. C à la somme de 300 euros par mois. Par suite, Mme A justifie d'une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien des enfants telle que visée à l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision refusant un titre de séjour à Mme A doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le motif d'annulation retenu implique qu'il soit enjoint au préfet de la Somme de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat et au bénéfice du conseil de Mme A une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 mai 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Somme de délivrer à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chartrelle une somme de 1 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Chartrelle et au préfet de la Somme.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Boutou, président,

Mme Pierre, première conseillère,

M. Le Gars, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

V. Le Gars

Le président,

Signé

B. Boutou

La greffière,

Signé

A. Ribière

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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