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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402500

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402500

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVANNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2402500, les 21 et 27 juin 2024, M. C B, représenté par Me Vannier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à l'effacement de son signalement au fichier SIS ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance du droit à être entendu ;

- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle en France ;

Sur le refus de délai de départ volontaire :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée est illégale alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite, de sorte qu'il justifie de circonstances particulières pour que lui soit octroyé un délai de départ volontaire ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent ;

- la décision attaquée est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la durée retenue par la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle.

La préfète de l'Oise a produit des pièces qui ont été enregistrées le 27 juin 2024.

II. Par une ordonnance du 25 juin 2024, enregistrée sous le numéro 2402557, le même jour au greffe du tribunal, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. C B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal de Montreuil le 21 juin 2024, M. C B, représenté par Me Vannier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois en le munissant d'une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à l'effacement de son signalement au fichier SIS ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au bénéfice de son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de l'arrêté attaqué était incompétent ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier ;

- il a été pris en méconnaissance du droit à être entendu ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation compte-tenu de sa situation personnelle en France.

La requête et les pièces produites dans la présente instance ont été communiquées à la préfète de l'Oise qui n'a pas produit d'observations.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Pierre, première conseillère, pour statuer sur les décisions relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close :

- le rapport de Mme Pierre ;

- les observations de Me Bingham, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et produit deux pièces complémentaires.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 10 novembre 1981, actuellement incarcéré au centre pénitentiaire de Liancourt, déclare être entré en France en 1982. Il a été mis en possession de certificats de résidence entre 2010 et 2020. Par un arrêté du 17 juin 2024, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. B en demande l'annulation par les requêtes n°2402500 et n°2402557. Celles-ci concernant la situation d'un même requérant et ayant fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à plusieurs décisions :

3. Par un arrêté du 30 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise le même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer, en toutes matières, tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de l'Oise sous réserve d'exceptions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions résultant de l'arrêté du 17 juin 2024. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence dont il serait entaché doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "'La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ()'".

5. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci comporte l'indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et détaille la situation du requérant par des considérations qui lui sont propres. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

7. En l'espèce, M. B, qui au demeurant a été entendu en audition avant l'édiction de la décision attaquée notamment sur l'éventualité d'une mesure d'éloignement, ne se prévaut d'aucun élément dont il n'aurait pas été en mesure de faire état avant que la préfète de l'Oise se prononce. Ce moyen ne peut que, par suite, être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. B, qui est célibataire et sans enfant, est présent sur le territoire français depuis son enfance où ses parents et sa fratrie sont également présents et a été titulaire de titres de séjour entre 2010 et 2020, il ressort toutefois des mentions de son casier judiciaire qu'il a fait l'objet de trois condamnations pénales dont une condamnation le 11 septembre 2020 par la cour d'assises de Seine-et-Marne, statuant en appel, à douze ans d'emprisonnement pour arrestation, enlèvement, séquestration ou détention d'otage pour faciliter un crime ou un délit suivi de libération avant sept jour et de viol en concours avec un ou plusieurs viols commis sur d'autres victimes. Ainsi compte tenu de la menace que représente sa présence sur le territoire français, la préfète de l'Oise, en l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas porté d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché cette décision d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, alors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant un délai de départ volontaire serait illégale à raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entré et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". ". Enfin, l'article L. 612-3 de ce code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

12. En l'espèce, ainsi qu'il a été dit, M. B, compte-tenu des condamnations dont il a fait l'objet et alors même qu'il préparerait sa réinsertion, constitue une menace à l'ordre public justifiant qu'il ne lui soit accordé aucun délai de départ volontaire. En outre, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Oise aurait pris la même décision en ne se fondant que sur ce motif. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée serait illégale alors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et ne présente pas de risque de fuite ou peut se prévaloir de circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, alors que le présent jugement rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans serait illégale à raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

15. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision d'interdire M. B de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, la préfète de l'Oise a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, les attaches familiales dont il dispose alors que celles-ci n'apparaissent pas intenses et la circonstance que, s'il n'avait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il présentait, en revanche, une menace à l'ordre public.

16. A cet égard, compte-tenu de la situation personnelle de M. B telle qu'exposée au point 9 et des condamnations pénales de l'intéressé, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans serait entachée d'une erreur d'appréciation ou qu'elle porterait une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

17. Il résulte de ce qui précède que les requêtes de M. B doivent être rejetées y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la préfète de l'Oise et à Me Vannier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A-L. Pierre

Le greffier,

Signé

J-F. Langlois

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2402557

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