lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2402504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | PAMLAW - AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin et le 8 juillet 2024, la société Free Mobile représentée par Me Martin demande au juge des référés :
1°) de suspendre sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative l'exécution de l'arrêté du 16 janvier 2024 par lequel le maire de la commune de Margny-lès-Compiègne s'est opposé à la déclaration préalable déposée le 27 décembre 2023 pour l'implantation d'une station de téléphonie mobile sur un terrain situé rue des martelets sur le territoire de cette commune, ensemble la décision implicite par laquelle le maire de Margny-lès-Compiègne a rejeté son recours gracieux réceptionné le 4 mars 2024 ;
2°) d'enjoindre au maire de Margny-lès-Compiègne, de lui délivrer une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réinstruire sa déclaration préalable de travaux dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Margny-lès-Compiègne une somme de 5 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie au regard de l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile et aux intérêts propres des opérateurs qui ont pris des engagements à ce titre envers l'Etat, sans qu'entrent en considération les possibilités de mutualisation de leurs équipements ; en l'espèce, la couverture par le réseau de la société Free Mobile existante est insuffisante pour assurer le maillage efficient du territoire ; l'installation projetée correspond ainsi à un intérêt public et à son intérêt propre ;
- la décision d'opposition est entachée d'une insuffisance de motivation en droit faute de faire état des textes législatifs ou règlementaires sur lesquels elle se fonde, et en fait, faute de décrire les caractéristiques et l'intérêt du milieu environnant justifiant de s'y opposer ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, ainsi que d'une erreur d'appréciation dès lors que le site d'implantation est une zone hétérogène contenant des parcelles agricoles, des parcelles boisées, et des parcelles construites dont le bâti ne présente aucun intérêt particulier ;
- en l'absence d'aucun autre motif susceptible de fonder l'opposition au projet, il convient d'enjoindre la délivrance d'un arrêté de non-opposition.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2024, la commune de Margny-lès-Compiègne, représentée par Me Portelli conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Free Mobile d'une somme de 2 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la requête ne satisfait pas la condition de doute sérieux prévue par l'article L. 521-1 du code de justice administrative et que le choix d'un site d'implantation approprié doit résulter d'une démarche concertée, tenant compte notamment des équipements de même nature projetés par d'autres opérateurs.
Vu :
- la requête enregistrée le 10 juin 2024 sous le n°2402294 par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 8 juillet 2024 à 14h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Wrobel, greffière :
- le rapport de M. Binand, juge des référés ;
- les observations de Me Candelier, représentant la société Free Mobile, qui reprend en les développant oralement les moyens et arguments exposés dans la requête en insistant sur ce que :
- l'urgence est établie compte tenu du déficit de couverture des services en 3G et 4G sur le territoire de la commune ;
- la décision est entachée d'erreur de droit faute de décrire le site d'implantation et d'erreur d'appréciation compte tenu de la bonne insertion paysagère du projet dans un site qui ne fait l'objet d'aucune protection particulière, dont les abords sont hétérogènes et déjà marqués par des éléments de verticalité tels que des lignes électriques aériennes, ce alors que la construction présentera un impact visuel atténué par le choix d'un pylône en treillis et dissimulé des habitations les plus proches par le boisement ;
- les considérations de la commune avancées en défense tenant aux autres sites disponibles et aux possibilités de mutualisation sont sans rapport avec la réglementation de l'urbanisme et ne peuvent donc fonder légalement le refus opposé.
- et les observations de Me Portelli, représentant la commune de Margny-lès-Compiègne qui reprend, en les développant oralement, les arguments exposés dans ses écritures en insistant sur l'intérêt d'envisager la mutualisation de l'installation avec celle projetée par un autre opérateur afin de préserver le caractère boisé du site.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 16h00.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".
2. La société Free Mobile a déposé le 27 décembre 2023 un dossier de déclaration préalable, enregistré sous le n° DP 60382 23 T0095, ayant pour objet l'installation d'une station de relais de téléphonie mobile sur un terrain situé rue des martelets sur le territoire de la commune de Margny-lès-Compiègne. Par un arrêté du 16 janvier 2024, qui a été notifié le 24 janvier 2024, le maire de la commune de Margny-lès-Compiègne s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société Free Mobile demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté ainsi que du rejet implicite du recours gracieux qu'elle a formé à son encontre, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité de ces décisions.
Sur l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. En l'espèce, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile et aux intérêts propres de la société Free Mobile, qui d'une part, a pris des engagements de couverture du territoire envers l'Etat, notamment s'agissant des services de haut et très haut débit, dont les exigences ne sont pas encore satisfaites par cette société au niveau national et d'autre part, à la circonstance, établie par les simulations cartographiques produites au dossier non contestées en retour d'ailleurs, que la partie du territoire de la commune de Margny-lès-Compiègne sur laquelle le projet, objet du litige, doit être implanté n'est pas suffisamment couverte par les installations de réseau notamment " 3G " et " 4G " de téléphonie mobile exploité par la société Free Mobile, cette société justifie de l'urgence qui s'attache à ce que cette décision soit suspendue, sans attendre le jugement de la requête à fin d'annulation dirigée à son encontre. Par suite, la condition d'urgence exigée par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de justice administrative : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
6. Il résulte de ces dispositions que, si la construction projetée porte atteinte aux paysages naturels avoisinants, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé dans le second temps du raisonnement, pour apprécier la légalité des permis de construire délivrés, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux visés à l'article R. 111-27 cité ci-dessus.
7. Il ressort des pièces du dossier de la déclaration préalable que le site dans lequel l'installation sera implantée est composé de parcelles agricoles et de parcelles boisées, où sont déjà implantées à proximité immédiate plusieurs lignes aériennes acheminant l'énergie électrique ainsi qu'une route nationale. Cette zone comprend par ailleurs des habitations sans homogénéité ni aspects architecturaux particuliers, qui ne sont pas situées à proximité immédiate du projet de construction. Si la commune soutient que le pylône d'une hauteur de 30 mètres de haut qui sera construit va porter atteinte, par sa hauteur, au caractère boisé du site, il résulte de l'examen des éléments photographiques figurant au même dossier que l'impact visuel de cet équipement sera atténué par un revêtement en treillis " gris galvanisé ". Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le maire de Margny-lès-Compiègne, en s'opposant à la déclaration préalable déposée par la société Free mobile au motif d'un défaut d'insertion du projet dans son environnement a méconnu les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme est propre, en l'état de l'instruction à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté litigieux, sans que la commune puisse utilement se prévaloir en défense de son intention de voir se regrouper les équipements de radiotéléphonie sur son territoire, sans asseoir toutefois à l'instance l'énoncé de cette considération sur une disposition en rapport avec la réglementation de l'urbanisme qui serait susceptible de fonder légalement, pour un tel motif, l'opposition à déclaration en cause.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander au juge des référés de suspendre l'exécution de l'arrêté du 16 janvier 2024 du maire de la commune de Margny-lès-Compiègne et de la décision implicite rejetant le recours gracieux à son encontre, jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme l'autre moyen soulevé par la société Free Mobile n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Lorsque le juge suspend un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction que les dispositions en vigueur à la date de la décision ainsi suspendue interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de l'ordonnance y fait obstacle. La décision de l'administration prise en exécution de cette injonction ne revêt toutefois qu'un caractère provisoire dans l'attente du jugement à intervenir sur la requête tendant à l'annulation de l'autorisation d'urbanisme ou de la déclaration préalable en cause.
10. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction et il n'est pas allégué par la commune de Margny-lès-Compiègne, qui se borne, ainsi qu'il a été dit, à faire état de son souhait de favoriser le regroupement et la mutualisation des stations de relais de téléphonie mobile, que les dispositions en vigueur à la date de la décision suspendue et notamment celles du plan local d'urbanisme en vigueur sur son territoire, interdiraient que la demande puisse être accueillie pour un motif que l'administration n'a pas relevé ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date de la présente ordonnance y ferait obstacle. Par suite, la présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au maire de la commune de Margny-lès-Compiègne de délivrer, à titre provisoire, une décision de non opposition à déclaration préalable à la société Free Mobile dans un délai d'un mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la commune de Margny-les-Compiègne demande sur leur fondement soit mise à la charge de la société Free Mobile, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Margny-les-Compiègne le versement de la somme que la société Free Mobile demande au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 16 janvier 2024 du maire de la commune de Margny-lès-Compiègne et de la décision implicite rejetant le recours gracieux à son encontre, est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la requête de la société Free Mobile à fin d'annulation.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Margny-lès-Compiègne de délivrer à titre provisoire une décision de non-opposition à la déclaration préalable à la société Free Mobile dans le délai d'un mois suivant la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Free Mobile est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Margny-lès Compiègne au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Margny-lès-Compiègne.
Fait à Amiens, le 15 juillet 2024.
Le juge des référés,
Signé :
C. Binand
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
N°2402504
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026