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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402505

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402505

mercredi 17 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402505
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 juin 2024 et le 8 juillet 2024, la société Free Mobile et la société Réseau Optique de France, représentées par Me Martin, demandent au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision implicite, née le 25 mars 2024, par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a refusé de faire droit à la demande de permission de voirie sollicitée pour la réalisation de travaux de raccordement d'une station de relais de téléphonie mobile située chemin de Salouël sur le territoire de la commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pont-de-Metz, à titre principal, de délivrer cette permission de voirie dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de réinstruire la demande de permission de voirie dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pont-de-Metz une somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la permission de voirie accordée par arrêté du maire à titre provisoire le 28 janvier 2022 en exécution de l'ordonnance du juge des référés porte sur un objet différent de celle qui a été sollicitée après la notification du jugement au fond du 19 décembre 2023 et qui a été implicitement refusée ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors, d'une part, que la décision attaquée a pour effet d'empêcher le raccordement de la station en cours de construction au réseau de fibres optiques et fait obstacle à son fonctionnement, d'autre part, qu'elle préjudicie ainsi de manière suffisamment grave et immédiate à l'intérêt public s'attachant à la couverture du territoire national par les réseaux de téléphonie mobile ainsi qu'à ses intérêts propres tenant aux engagements pris vis-à-vis de l'Etat en matière de couverture et de qualité de service de la 4G ainsi que du Très Haut Débit ;

- la condition tenant à l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée est remplie, dès lors, d'une part, que la permission de voirie sollicitée concerne le domaine public routier, d'autre part, qu'elle est titulaire d'un droit de passage sur celui-ci afin d'y implanter ses ouvrages qui ne sont pas incompatibles avec l'affectation de la voirie à la circulation publique et enfin que les travaux seront menés dans les conditions les moins dommageables possibles pour le domaine public, de sorte que le maire ne pouvait refuser la permission de voirie sollicitée.

Par un mémoire, enregistré le 1er juillet 2024, la commune de Pont-de-Metz, représentée par Me Mathieu, conclut à l'irrecevabilité et au rejet au fond de la requête et à ce qu'il soit mis solidairement à la charge des sociétés Free Mobile et Réseau Optique de France la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la permission de voirie sollicitée n'a donné lieu à aucune décision même implicite de refus, cette permission ayant été accordée dès le 28 janvier 2022, et qu'il n'est pas satisfait à la condition d'urgence.

Vu :

- la requête au fond enregistrée le 22 mai 2024 sous le n° 2401998;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Binand, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience publique du 8 juillet 2024 à 14h30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, en présence de Mme Wrobel, greffière :

- le rapport de M. Binand, juge des référés ;

- les observations de Me Candelier, représentant les sociétés requérantes, qui développe oralement les moyens et arguments déjà soulevés en insistant sur ce que :

- il existe bien une nouvelle décision implicite de refus faisant grief dès lors que la permission de voirie délivrée le 28 janvier 2022 pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés, qui n'avait qu'un caractère provisoire, était devenue caduque en raison du changement tant des circonstances de droit, résultant du jugement au fond rendu le 19 décembre 2023, que de fait, puisque la demande présentée à la suite de ce jugement concerne le passage de 6 fourreaux au lieu des 3 précédemment autorisés ;

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la société Free Mobile n'est toujours pas en mesure d'assurer une couverture suffisante du territoire concerné, faute d'autres installations en service à ce jour ;

- il n'est pas contesté qu'il est satisfait à l'ensemble des conditions légales et règlementaires prévues par le code de la voirie routière et le code des postes et communications électroniques pour la délivrance d'une permission de voirie ;

- et les observations de Me Mathieu, représentant la commune de Pont-de-Metz, qui reprend en les développant les arguments exposés dans ses écritures et insiste sur ce que :

- la commune a déjà délivré la permission de voirie sollicitée, dès lors que l'arrêté du 28 janvier 2022 est devenu définitif et que le courrier adressé le 22 janvier 2024 par le pétitionnaire ne peut être considéré comme une nouvelle demande de permission de voirie portant sur un objet différent, faute d'être accompagné du formulaire requis à cet effet ; que la permission délivrée en 2022 répond ainsi entièrement à la sollicitation ;

- il n'est justifié d'aucune urgence dès lors que le territoire concerné par le projet d'antenne-relais est déjà couvert suffisamment par les services de téléphonie mobile, y compris ceux mis en œuvre par l'opérateur Free Mobile.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " et aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Le 23 juin 2021, la société Free Infrastructures a demandé au maire de la commune de Pont-de-Metz de lui délivrer une permission de voirie afin de procéder au raccordement, par six fourreaux enterrés au droit du chemin de Salouël, de la station d'antenne-relais objet de sa déclaration préalable de travaux. Le silence conservé par la commune de Pont-de-Metz a fait naître une décision implicite de rejet dont l'exécution a été suspendue par une ordonnance du 24 décembre 2021 du juge des référés du tribunal. Par un jugement du 19 décembre 2023, le tribunal a annulé cette décision et a enjoint à la commune de Pont-de-Metz de réexaminer la demande de permission de voirie en cause dans un délai de deux mois. Par un courrier du 22 janvier 2024, reçu en mairie le 25 janvier suivant, la société Réseau optique de France, nouvelle dénomination de la société Free Infrastructures, a confirmé le maintien de sa demande de permission de voirie et demandé au maire de la commune de Pont-de-Metz de l'instruire afin d'assurer la bonne exécution de ce jugement. Par la présente requête, la société Free Mobile et la société Réseau optique de France demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite, née le 25 mars 2024, par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a de nouveau refusé de délivrer la permission de voirie sollicitée.

3. Une permission de voirie délivrée à la suite du réexamen ordonné en conséquence d'une mesure de suspension prise sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative et pour l'exécution de l'ordonnance du juge des référés revêt un caractère provisoire. Une telle décision peut être retirée par l'autorité administrative à la suite du jugement rendu au principal sur le recours pour excès de pouvoir formé contre la décision initiale de refus sous réserve que les motifs de ce jugement ne fassent pas par eux-mêmes obstacle à ce que l'administration reprenne une décision de refus. Cette décision de retrait doit toutefois intervenir dans un délai raisonnable, qui, eu égard à l'objet et aux caractéristiques d'une permission de voirie, ne peut excéder quatre mois à compter de la notification à l'administration du jugement intervenu au fond.

4. Par son ordonnance du 24 décembre 2021 mentionnée au point 2, le juge des référés du tribunal, après avoir suspendu la décision implicite du maire de la commune de Pont-de-Metz refusant la délivrance d'une permission de voirie, lui a enjoint de procéder à une nouvelle instruction de cette demande dans le délai d'un mois. Par un arrêté du 28 janvier 2022, la commune a délivré à la société Axians Fibres Nord, agissant pour le compte de la société Free Infrastructures, une permission de voirie l'autorisant à réaliser une " tranchée de génie civile de 147 mètres et la pose de 3 fourreaux PVC de diamètre 42/45 sur la portion du domaine public routier dénommée chemin de Salouël " sur le territoire de la commune pour une durée de quinze jours courant à compter d'une date que la société bénéficiaire serait libre de choisir, ainsi que cela a d'ailleurs été confirmé par la commune au cours de l'audience.

5. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de la lecture croisée des pièces du dossier ainsi que des précisions apportées à l'audience, que l'arrêté du 28 janvier 2022, s'il mentionne par une erreur de plume résultant d'une mauvaise lecture du dossier présenté par la société pétitionnaire, la permission d'installer 3 fourreaux sous la voirie, a pour objet et pour effet de satisfaire entièrement à la permission sollicitée, portant sur le passage de 6 fourreaux.

6. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que cette permission de voirie délivrée à titre provisoire n'a pas disparu de l'ordonnancement juridique par l'effet du jugement au fond rendu le 19 décembre 2023 annulant le refus qui avait été initialement opposé au pétitionnaire. Elle n'a pas davantage été retirée par la commune de Pont-de-Metz, le silence conservé sur le courrier du 22 janvier 2024 par lequel la société Réseau optique de France a seulement sollicité l'instruction de sa demande n'ayant pas eu pour effet de revenir sur la permission de voirie qu'elle avait accordée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que cette permission de voirie, qui ne prévoyait aucune limitation dans la validité de sa durée et satisfaisait entièrement, ainsi qu'il a été dit, à la demande du pétitionnaire demeurée inchangée, aurait été frappée de caducité, ni même que la commune de Pont-de-Metz aurait abrogé cette autorisation consentie à titre précaire et révocable, en faisant application des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 28 janvier 2022, de sorte que dans l'un ou l'autre cas, une nouvelle décision aurait nécessairement dû être formalisée à l'issue de ce réexamen.

7. Il résulte de tout ce qui précède que, en l'absence de décision défavorable faisant grief dont les requérantes seraient recevables à demander au juge des référés de suspendre l'exécution, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Pont-de-Metz doit être accueillie. Il s'ensuit que la requête de la société Free Mobile et de la société Réseau optique de France doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais de l'instance.

8. Enfin, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérantes le versement de la somme que la commune de Pont-de-Metz demande sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Free Mobile et de la société Réseau optique de France est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Pont-de-Metz au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile, à la société Réseau optique de France et à la commune de Pont-de-Metz.

Fait à Amiens, le 17 juillet 2024.

Le juge des référés, La greffière,

Signé : signé :

C. BinandN. Wrobel

La République mande et ordonne au préfet de la Somme, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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