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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402512

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402512

vendredi 20 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402512
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantNOUVIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 juin 2024, M. B A, représenté par Me Nouvian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, sous astreinte, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour a été pris en méconnaissance des articles L. 423-23 et

L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision et celle l'obligeant à quitter le territoire français ont été prises en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français et celle fixant la Tunisie comme pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 juin 2024.

Par ordonnance du 20 août 2024, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 septembre 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Lapaquette, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien, né le 6 octobre 2005, déclare être entré en France le 14 août 2020. Il a présenté, le 25 juillet 2023, une demande de titre de séjour. Par un arrêté du 4 juin 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de soixante jours et a fixé la Tunisie comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

3. M. A soutient être entré en France à l'âge de 15 ans le 14 août 2020 afin d'y poursuivre sa scolarité, l'état d'impécuniosité de ses parents ne le permettant pas en Tunisie, et avoir été, avec l'accord de ceux-ci, par acte notarié du 9 août 2022, placé sous la tutelle de sa grand-mère séjournant régulièrement sur le territoire français. Toutefois, l'intéressé, majeur à la date de la décision attaquée, n'est présent en France que depuis un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée et dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents. Si le requérant se prévaut en outre de la nécessité de sa présence quotidienne aux côtés de sa grand-mère, il n'en justifie pas en se bornant à produire la carte mobilité inclusion de cette dernière. Par ailleurs, si l'intéressé fait également valoir son parcours scolaire l'ayant mené jusqu'au baccalauréat, qu'il a passé en juin 2024, et son projet d'inscription dans une formation de management commercial après l'obtention de celui-ci, il se borne à alléguer ne pas pouvoir poursuivre un tel projet en Tunisie à raison de l'état d'impécuniosité de ses parents sans cependant apporter aucun élément probant à l'appui de ces allégations et alors que cette considération ne saurait en tout état de cause démontrer la nécessité d'une poursuite d'étude sur le territoire français plutôt que dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la préfète de l'Oise n'a pas, en méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent, porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français. Pour les mêmes motifs, la préfète de l'Oise n'a pas entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation du requérant.

4. En deuxième lieu, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce telles qu'exposées au point 3 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. A au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont serait entaché le refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant n'assortit pas le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, dès lors que le refus de titre de séjour n'est entaché d'aucune illégalité, M. A n'est pas fondé à soutenir que les décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi seraient par conséquent illégales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à

Me Nouvian et au préfet de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Thérain, président,

- M. Lapaquette, premier conseiller,

- M. Wavelet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Lapaquette

Le président,

signé

S. Thérain

La greffière,

signé

S. Chatellain

La République mande et ordonne au préfet de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 240251

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