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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402527

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402527

mercredi 7 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d’Amiens a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l’arrêté du préfet du Nord du 19 juin 2024 l’obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour d’un an. Le tribunal a jugé que la décision d’éloignement était suffisamment motivée et que les moyens soulevés, notamment la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et l’erreur manifeste d’appréciation, n’étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de l’arrêté préfectoral, en application des articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 juin 2024, M. B A, représenté par Me Labriki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours ; à défaut, d'enjoindre à l'autorité administrative de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen ;

3°) à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ; à défaut, d'enjoindre à l'autorité administrative de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il avait sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 6 février 2023 ;

- le contrôle d'identité dont il a fait l'objet et le placement en rétention qui a suivi sont abusifs et entachés d'excès de pouvoir, de sorte que l'obligation de quitter le territoire français n'est pas justifiée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié en vertu de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, de l'article 7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 et du pouvoir général de régularisation du préfet ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étranger et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Nord, qui a produit des pièces enregistrées le 2 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Galle, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Galle, magistrate désignée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 7 janvier 1997, est entré sur le territoire français en mai 2019 muni d'un visa de court de séjour, et s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration de son visa sans solliciter de titre de séjour. Le 18 juin 2024, M. A a été interpellé à l'occasion d'un contrôle d'identité. Par un arrêté du 19 juin 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de sa reconduite à sa frontière et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet du Nord a fait application, notamment l'article L. 611-1, 2° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué précise que M. A s'est maintenu en France à l'expiration de son visa de court séjour valable du 1er février 2019 au 30 janvier 2020 sans être titulaire d'un titre de séjour. Il précise les principaux éléments de la situation personnelle et familiale de M. A. La circonstance que cet arrêté ne précise pas les éléments de sa situation professionnelle est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation de la décision d'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré

4. Il est constant que M. A s'est maintenu en France à l'expiration de son visa sans être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, il entrait dans le cas prévu au 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lequel l'autorité administrative peut l'obliger à quitter le territoire français. La circonstance que, contrairement à ce qu'indique l'arrêté qui précise que M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour, le requérant a formé une demande de titre de séjour par voie postale, reçue par la préfète de l'Oise le 20 février 2023, est sans incidence sur la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français, dès lors que le requérant n'est pas titulaire d'un titre de séjour.

5. En troisième lieu, si le requérant soutient que son interpellation et son placement en rétention administrative n'étaient pas justifiées, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la légalité de ces mesures, qui sont sans incidence sur la légalité de la décision administrative portant obligation de quitter le territoire français.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en mai 2019, qu'il s'est maintenu sur le territoire après l'expiration de son visa et qu'il ne démontre pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. En outre, si l'intéressé soutient qu'il exerce la profession de cuisinier dans une entreprise de restauration rapide, qu'il maitrise la langue française, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public et que son oncle et sa tante vivent en France, il n'établit toutefois pas la réalité et l'intensité des liens avec les membres de sa famille présents sur le territoire. La circonstance que le requérant détient un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de cuisinier depuis 2021 ne démontre pas son insertion sociale et professionnelle ancienne et stable en France. Dans ces conditions et alors même qu'il ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Nord a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en décidant de l'obliger à quitter le territoire français, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ou familiale.

8. En cinquième lieu, si le requérant soutient qu'il remplit les conditions pour obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou en vertu du pouvoir général de régularisation du préfet, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'appliquent pas en tout état de cause aux ressortissants algériens et l'intéressé ne peut utilement faire valoir, à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, qu'il remplit les conditions pour une régularisation en vertu du pouvoir général de régularisation du préfet, dès lors que l'étranger sollicitant une telle régularisation ne peut prétendre de plein droit à un titre de séjour.

Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : "Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, ()."

10. Pour refuser un délai de départ volontaire à M. A, le préfet du Nord s'est fondé sur le fait qu'il existe un risque que l'intéressé se soustraie à la mesure d'éloignement, en application des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et des 2°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, dès lors qu'il s'est maintenu en France à l'expiration de son visa sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a déclaré lors de son audition qu'il souhaitait rester en France, et qu'il ne peut pas présenter de documents de voyage en cours de validité. Or, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour avant l'expiration de son visa, et qu'il ne présente aucun document de voyage en cours de validité. Par suite, il entrait dans les cas prévus au 2° et 8° de l'article L. 612-3 dans lesquels le risque de soustraction à une mesure d'éloignement peut être regardé comme établi. En outre, M. A ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à établir que le risque de soustraction à une mesure d'éloignement n'est pas établi. Par suite, la préfète pouvait légalement prendre la décision attaquée en se fondant sur les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions citées au point 9 et détaille les motifs rappelés au point 10. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

12. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Nord a procédé à un examen complet de sa situation personnelle avant de refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision de refus de départ volontaire sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "

15. Il ressort de la décision attaquée que pour justifier la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet du Nord a pris en compte la durée de séjour en France de l'intéressé, les attaches familiales dont il dispose en France, et les circonstances que celles-ci n'apparaissent ni intenses, ni stables. La circonstance que M. A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement antérieurement est sans incidence sur la légalité de cette décision, et compte tenu des éléments exposés au point 7, cette décision ne méconnait pas l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée, pour information, à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Galle

La greffière,

signé

M-A Boignard

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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