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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402546

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402546

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402546
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU1
Avocat requérantTSIKA-KAYA JEAN RIGOBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 18 juin 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis à la présidente du tribunal administratif d'Amiens la requête de M. A B enregistrée, le 16 juin 2024, au greffe de ce tribunal.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 juin et 15 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Tsika-Kaya, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 12 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé ;

- le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé a été pris au terme d'une procédure méconnaissant les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour ;

- ce refus est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ce refus méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur sa situation personnelle.

S'agissant du refus de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour, il indique n'avoir jamais été condamné ni ne constituer une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 septembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il considère qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, magistrat honoraire, pour statuer sur les demandes telles que celles faisant l'objet du litige.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy, premier conseiller honoraire, a été entendu au cours de l'audience publique ainsi que les observations de M. B qui déclare déplorer les conditions dans lesquelles ses avocats successifs ont, selon lui, failli à leurs obligations.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais, né le 3 janvier 1976, déclare être entré sans visa sur le territoire français le 22 mars 2017. Il a été interpellé pour faits de rébellion le 14 juin 2024. Par un arrêté du même jour, dont M. A B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le bénéfice d'un titre de séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de trente jours, a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les articles L. 611-1 à L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle mentionne, notamment, que l'intéressé ne peut justifier ni des conditions d'entrée sur le territoire français ni justifier être titulaire d'une autorisation de séjour, qu'il exerce une activité professionnelle sans être titulaire d'un titre l'autorisant à travailler, que la vie de famille peut se poursuivre au pays d'origine puisqu'il n'est justifié d'aucun obstacle insurmontable à son départ de France.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. Si M. A B a déclaré résider régulièrement sur le territoire français depuis le 22 mars 2017, non seulement, en l'état du dossier, il ne l'établit pas, pas plus que la durée ininterrompue de son séjour depuis cette date, lequel demeure, en tout état de cause, inférieur à dix ans et n'obligeait ainsi pas le préfet à saisir, préalablement à l'édiction de sa décision, la commission du titre de séjour. Par suite, M. B ne peut utilement soutenir que le refus de délivrance d'un titre de séjour qui lui a été opposé a été pris au terme d'une procédure qui méconnaît les dispositions citées au point précédent.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Si, ainsi qu'il a été dit, M. A B a déclaré résider en France depuis le 22 mars 2017, il ne l'établit pas, pas plus qu'il ne justifie avoir engagé les démarches nécessaires tendant à obtenir la régularisation de sa situation. Par ailleurs, si M. A B se prévaut du séjour régulier sur le territoire français, dans le logement d'un cousin, il ne l'établit pas plus. Il est célibataire et n'établit pas y avoir d'autres attaches en France. En outre, l'intéressé n'établit pas exercer d'activité professionnelle et ne fournit aucun élément sur son insertion en France. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions citées au point précédent.

7. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. A B fait valoir qu'il est entré le 22 mars 2017 sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré démuni de tout document et il n'en établit pas la pérennité. Au surplus, M. A B ne démontre pas qu'il est inséré dans la société française ni qu'il est dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine alors qu'il n'est arrivé en France qu'à l'âge de quarante et un ans. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes raisons, il n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dont la vie privée et familiale a vocation à se poursuivre au pays d'origine. Pour les mêmes raisons, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation sur la situation personnelle.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision ne fixant pas de délai de départ volontaire et interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " et selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

11. L'arrêté contesté vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A B est entré sur le territoire français le 22 mars 2017 sans justifier de la régularité de son entrée pas plus que celle de son maintien en France où il exercerait une activité professionnelle sans y être autorisé et indique que son comportement constitue une menace pour l'ordre public du fait de sa rébellion aux forces de l'ordre. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit par suite être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 9 du présent jugement que n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour sur le territoire français serait illégale à raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point 12 du présent jugement, M. A B n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Seine-Saint Denis aurait porté une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué et, par voie de conséquence, ses conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

G. Truy

La greffière,

signé

M-A. Boignard

La République mande et ordonne au préfet de la Seine Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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