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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2402554

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2402554

jeudi 8 août 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2402554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU2
Avocat requérantPEREIRA EMMANUELLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif d'Amiens a rejeté la requête de M. C, ressortissant congolais, qui contestait un arrêté préfectoral du 6 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le juge a estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la brièveté de son séjour et de l'absence de liens personnels ou professionnels intenses en France. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité de l'obligation de quitter le territoire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juin 2024, M. A C, représenté par

Me Pereira, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 juin 2024 par lequel la préfète de l'Oise a rejeté sa demande de titre sur le terrain de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir en le munissant, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle est susceptible d'entraîner sur sa situation personnelle et familiale compte tenu de son insertion dans la société française.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 juin 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 août 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier et notamment la pièce complémentaire adressée le

3 juillet 2024 par M. C.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Truy, premier conseiller honoraire, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Truy, premier conseiller honoraire, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, de nationalité congolaise né le 3 février 1984, est entré en France le 5 juin 2023. Il a présenté une demande d'asile le 30 juin 2023, laquelle a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le

21 décembre 2023, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile le

16 mai 2024. Par un arrêté du 6 juin 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour au titre de l'asile, a abrogé son document provisoire de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé la République Démocratique du Congo comme pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. M. C soutient avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux en France dès lors qu'il vit en concubinage avec Mme B, qui a dû subir une interruption volontaire de grossesse et à qui la qualité de réfugiée a été reconnue. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à établir que la préfète aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors que par ailleurs, le requérant ne présente aucun élément relatif à l'existence d'une vie familiale au pays où il a vécu jusqu'à l'âge de 39 ans, que son séjour en France tout comme la relation qu'il déclare entretenir alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils habitent à des adresses différentes. M. C ne justifie par ailleurs pas avoir tissé en France des liens personnels ou professionnels d'une particulière intensité. Par suite, la préfète n'a donc ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

4. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction et bénéfice des dispositions des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

5. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par

M. C doivent, par suite, être rejetées ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pereira et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 août 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

G. Truy

La greffière,

Signé

F. Joly

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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